LIVRE X
Ion pas les juifs et les infidèles. Dans le troisième, u'encore qu'il fallût nécessairement être catholique pour être sauvé depuis que la promulgation de l'évangile avait été faite, néanmoins il était assez vraisemblable que quelques hérétiques se sauvaient. Dans le quatrième, quelque nécessité qu'il y eût toujours eu de croire pour être Buvé, selon cette parole de l'Apôtre « que celui qui vient à eu est obligé de croire », toutefois il n'était pas toujours cessaire que l'on crût distinctement les mystères de la , mais seulement qu'il y a un Dieu, qui était le rémunérateur des bonnes œuvres. Dans le cinquième, que depuis cette promulgation suffisante de l'évangile, quoiqu'il fût assez probable qu'il était nécessaire d'une nécessité de moyen de croire encore le mystère de la Sainte Trinité et celui de l'Incarnation, de la mort et de la résurrection de J.-C, toutefois, on pouvait croire qu'on pouvait se sauver en croyant qu'il y avait un Dieu qui était le rémunérateur des bonnes œuvres.
Quoique ces thèses parussent fort obligeantes pour tout le monde, on en eut une si grande horreur, tant à cause de la doctrine détestable qu'elles contenaient que pour la conjoncture de la condamnation du livre du P. Paschalighi, que ceux mêmes qui les appuyaient de leur crédit auprès du pape ne voulurent point en empêcher l'examen, de peur que leur emportement sur le sujet de la constitution ne les engageât à leur faire des affaires fâcheuses. Ils furent réduits à faire absenter et disparaître le Père qui avait dressé ces propositions si pleines d'impiétés. Lerecleurdu collège où elles avaient été soutenues fut déposé de sa charge, et le dominicain qui en avait accordé Vim-primatur fut suspendu de la sienne pour cinq ans. Mais cet affront ne fut point capable d'humilier les Jésuites ; ils levèrent la tète aussi haut qu'auparavant, parce que toutes les portes du palais de Sa Sainteté leur étaient ouvertes, quoique l'on sût très bien qu'ils étaient toujours dans les mêmes sentiments de ces thèses de Spolète, sans les avoir rétractées, et qu'ils ne tendaient qu'à empêcher la publication de cette censure.
L'impunité dont ils jouissaient n'était pas capable de les satisfaire, à moins qu'ils ne se maintinssent dans la possession où ils étaient depuis longtemps de persécuter les autres. Ce fut ce qui les fit [sic) entreprendre d'accuser de
prévarication à la nouvelle bulle le P. Nolano *, Tun des plus savants et des plus sages religieux de l'ordre des Dominicains. Ce théologien avait un très grand zèle pour la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas, et il avait fait paraître l'étendue de son érudition et la force de son esprit en beaucoup d'occasions dans la défense de cette doctrine. Ces excellentes qualités le rendirent odieux aux Jésuites qui, après avoir essayé inutilement tous les moyens de le ranger de leur côté, cherchèrent ceux de lui nuire et de le rendre odieux aux puissances, ce qui ne leur fut pas bien difficile, n'y ayant rien de si aisé aux hommes artificieux que de dresser des embûches secrètes aux gens de bien et de les faire tomber dans le piège.
Ce Père, qui connaissait leurs ruses, s'en donnait de garde autant qu'il pouvait, et se conduisait avec tant de prudence et de sagesse qu'il n'y avait que la calomnie qui eût pu avoir quelque prise sur lui. Il ne faisait point de bruit et évitait toutes les rencontres où il pouvait paraître avec éclat. Quoiqu'il eût été ami des théologiens députés de quelques évéques de France auprès du pape pour la cause de saint Augustin, il s'était gouverné en ce point comme un religieux qui dépendait de son supérieur et qui ne pouvait rien faire de son chef, ce qui l'avait toujours tenu dans une juste modération. Depuis la constitution, il s'était encore plus précautionné qu'auparavant, sachant le mauvais dessein que ces Pères avaient contre lui. Mais tous ses ménagements ne servirent qu'à les irriter davantage, et les portèrent enfin à entreprendre sa ruine. Quoiqu'il ne pût ignorer qu'ils ne cessaient point de se plaindre sourdement de lui, il se contentait du témoignage de sa conscience, et s'assurait qu'on ne lui ferait rien sans en parler à son général^ qui pouvait d'autant plus répondre de sa personne qu'il connaissait tous ses déportements.
Enfin leurs calomnies éclatèrent tout d'un coup sur lui et leur réussirent si bien que les officiers de l'Inquisition se saisirent de sa personne et l'enlevèrent du couvent de la Minerve où il enseignait la théologie. M. Albizzi se signala dans cette expédition par un coup d'autorité, sa ns appréhen-
1. Jeau Nolano, dominicain, docteur en théologie et professeur à la Minerve, mourut dans les prisons de riuquisition en 1656.