‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 204 sur 510 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

îtour de M. Hallier à Paris. Il recommence à publier ses derûières calomnies.

M. Hallier étant revenu à Paris au commencement de décembre avec sa malheureuse satisfaction de voir par tous les lieux où il passait le feu qu'il y avait allumé, continua à répandre ses dernières calomnies dans cette capitale du royaume. Ils recommença à parler tout de nouveau de la prétendue association des disciples de saint Augustin avec les ministres de Zurich et de Genève, comme si cette imposture n'eût point déjà été ruinée, et ne pouvant souffrir que les docteurs qui lui avaient résisté dans Rome jouissent en France d'une pleine liberté et y fussent en réputation, il crut mieux réussir pour leur diffamation en les décriant de vive voix [plus encore] qu'il n'avait fait par ses lettres.

Il ne parla d'autre chose dans toutes les audiences qu'il poursuivait chez la reine et ensuite chez le cardinal Mazarin depuis son retour, et comme la relation des choses extraordinaires qu'on ignore et qui contiennent de nouvelles aventures est l'un des plus ordinaires divertissements de la cour, après avoir fait à Leurs Majestés et à Son Éminence des compliments qui le rendirent ridicule, toute son occupation fut de satisfaire à la curiosité de ceux qui mettaient leur plaisir à entendre de sa bouche les particularités de cette histoire. Ce n'est pas qu'il n'y en eût quelques-uns qui ne le pouvant souffrir lui imposèrent silence une fois ou deux en lui soutenant que ce qui était arrivé inopinément à ces députés de saint Augustin pouvait aussi lui arriver à lui-même, et à tout autre qui aurait acquis quelque réputation dans le monde pour avoir traité quelque affaire de grande importance, étant assez ordinaire parmi les étrangers que les premières personnes des villes en usent envers les personnes de marque comme avaient fait ceux de Genève et de Zurich envers MM. de La Lane, de Saint-Amour et Angran.

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Il eut même la hardiesse d'assurer, en présence de la reine et de M. le cardinal Mazarin, que les prétendus jansénistes avaient conspiré de détruire les sacrements' de l'Église et qu'ils voulaient introduire une nouvelle religion par la suppression des anciennes cérémonies et en faire observer de toutes contrairesqui n'avaient jamais été en usage, etqu'entre autres choses^ ils dégradaient les prêtres sous prétexte de les mettre en pénitence. Les Jésuites, qui étaient de concert avec lui, venaient ensuite à la charge, et confirmant tout ce qu'il avait avancé, ils y ajoutaient des circonstances aussi fausses que l'était le fond de leurs calomnies. Cependant la reine en demeura persuadée, et crut qu'un docteur aussi simple et aussi peu courtisan que M. Hallier le paraissait était incapable de mentir et de publier des calomnies en sa présence. M. le cardinal Mazarin, qui avait ses desseins formés et qui savait l'usage qu'il voulait faire du jansénisme, en parla à M. l'abbé de Bourzeis comme si ce discours eût fait impression sur son esprit. Cet abbé, qui connaissait les premiers de ces défenseurs de la doctrine de saint Augustin et qui était leur ami, entreprit de les justifier en protestant devant ce premier ministre que c'était une calomnie inventée par M. Hallier, et que ceux qui avaient été choisis pour soutenir devant le pape la doctrine de ce saint Père de l'Église avaient trop de piété et étaient trop catholiques pour être capables de s'être engagés avec les ennemis de l'Église, et lui raconta la chose selon la vérité ainsi qu'il avait appris qu'elle s'était passée. Néanmoins, comme il restait encore quelque impression désavantageuse dans l'esprit du cardinal, et qu'il témoignait ne pouvoir pas s'empêcher de croire qu'il y avait de la cabale parmi les jansénistes prétendus et les gens de Port-ftoyal, M de Bourzeis tâchait de le détromper et de lui faire comprendre qu'il ne fallait pas craindre la cabale parmi des personnes qui n'avaient pas d'autre liaison que celle que la charité forme entre tous les chrétiens; qu'ils ne faisaient ni assemblées, ni complots avec personne ni entre eux mêmes ; qu'ils demeuraient chez eux sans s'occuper qu'à la prière et à l'étude de l'Écriture Sainte et à la composition des ouvrages ; que c'était là l'unique exercice de ceux qui s'étaient retirés

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