CHAPITRE XX
Suite de l'affaire suscitée à M. de Sens sur sa lettre pastorale.
La lettre pastorale de M. l'archevêque de Sens avait tellement irrité les Jésuites et leurs partisans, et les applaudissements qu'elle recevait dans le monde augmentaient à un tel point leur animosité, qu'en attendant le succès de leurs intrigues à Rome, ils ne cessaient point de la déchirer à la cour, et de s'en servir pour attirer sur ce prélat la haine et l'indignation des puissances.
Il arriva en ce temps-là une rencontre très fâcheuse dont ils tirèrent de très grands avantages. Un régiment irlandais était venu loger dans un canton du diocèse de Sens qui est habité par des paysans que l'on nomme Beurriers, peuple fâcheux et qui ne souffre ordinairement qu'avec beaucoup d'impatience les maux que les logements de ces sortes de gens de guerre ont accoutumé de causer par la licence des soldats, contre laquelle la modération et la vigilance des officiers sont souvent de vaines précautions. Ce régiment, qui n'était composé pour la plupart que d'étrangers peu disciplinables, se laissa emporter brutalement à l'humeur de leur pays, et commit toutes les hostilités imaginables,