LIVRE X
vivant à discrétion, quoique l'ordre du roi portât le contraire. Cette cruauté passa jusqu'à un tel excès que les peuples, qui s'étaient retenus pendant quelque temps contre leur inclination naturelle, cherchèrent les moyens de se délivrer d'une si grande violence, coururent aux armes, sonnèrent le tocsin sur les auteurs de leurs maux et chargèrent si chaudement ce régiment qu'il courait fortune d'être bientôt taillé en pièces. M. l'archevêque de Sens, qui se trouva alors dans le voisinage des lieux où ce tumulte s'était ému, y accourut en diligence, se jeta dans la mêlée, fit mettre les ^armes bas à ces Beurriers par la force de ses raisons, et cefendant fît filer le régiment d'un autre côté, afin de le garantir de la perte qui lui était inévitable.
Cette action, qui méritait d'être louée par tous ceux qui avaient de l'amour pour le service du roi et pour la tranquillité et le repos de son royaume, fut qualifiée de rébellion par les ennemis de ce prélat. L'esprit de calomnie qui les animait leur fit publier qu'il avait lui-même commandé à ces Beurriers de charger le régiment, et de n'avoir considéré en cette rencontre, ni sa qualité d'archevêque de l'Église de J. C. qui lui défendait de verser le sang de ceux pour lesquels ce divin Sauveur avait répandu le sien, ni la fidélité qu'il devait plus qu'aucun autre au roi et à son royaume \ Ainsi, en joignant cette nouvelle accusation à celle de sa lettre pastorale par un parallèle malicieux, ils le traitèrent en même temps de rebelle à l'Église et à l'État, et publièrent cette calomnie par tant de bouches que quand jle roi fut arrivé à Paris, ils avaient déjà disposé toutes ihoses pour persuadera Sa Majesté que M. l'archevêque de Jens avait commis cette action. Ses amis méprisèrent l'abord ce bruit et déclarèrent que la fidélité avec laquelle s'était conduit dans le service du roi durant les troubles le la guerre civile qui ne venait que de s'éteindre était une lustification suffisante de son innocence. Mais ils remar- [uèrent bientôt qu'ils n'avaient point assez pénétré dans le fond de la malice de ses adversaires ; car ils virent tout 'un coup grossir cette accusation jusqu'à un tel point que, ne pouvant y remédier par eux-mêmes, ils furent contraints ^de mander promptement ce prélat, afin que sa présence dis-