LIVRE X
que c'était attaquer Sa Majesté, qui avait puissamment appuyé la demande que MM. les prélats en avaient faite à Sa Sainteté pour en porter un jugement décisif.
5° Que Ton faisait encore dire à ce prélat que Notre Saint Père le pape n'avait prononcé contre ces cinq propositions qu'en général seulement, sans toucher en particulier à la doctrine qui avait été défendue en sa présence, et en les laissant dans une ambiguïté générale, ce qui était un démenti donné à la bulle, qui déclarait qu'elles étaient tirées du livre de Jansénius, et conséquemment qu'elles étaient condamnées au sens qu'elles avaient en ce .livre-là même, puisque le pape avait déclaré par cette bulle que c'était à la requête de MM. les évêques de France qu'il avait entrepris cette affaire, et qu'il voulait remédier aux désordres que cette doctrine avait déjà causés et pourrait causer à l'avenir ; que telles propositions devaient être entendues dans le sens qu'elles avaient dans la bouche de ceux qui avaient fait dans l'Église le dangereux parti des jansénistes.
6" Que l'on faisait parler ce prélat comme prouvant que la bulle de notre Saint Père le pape était nulle, en ce qu'étant question de la foi et de la grâce, on lui faisait dire que l'on n'avait suivi l'ordre commun et l'ancienne tradition del'Église, et qu'ilappartenait à MM. les évêques, par l'essence de leur dignité, d'en faire le premier jugement dans un concile, les Pères de l'Eglise gallicane étant établis par l'autorité du Saint-Esprit juges naturels en première instance des questions de la foi. Qu'ainsi notre Saint Père le pape n'ayant point suivi cet ordre, ni la tradition de l'Eglise, ni l'institution du Saint-Esprit, qui ne souffrait point de dispense, en décidant cette affaire sans qu'elle eût été jugée auparavant par MM. les évêques dans un concile en qualité de juges naturels en première instance, c'était dire que notre Saint Père le pape avait erré, et que sa bulle était nulle et d'aucune valeur et considération, et contraire à l'institution du Saint-Esprit ; que parce moyen on offensait injurieusement l'autorité du Saint Siège, requis et prié par MM. les évêques d'y prononcer. Que c'était aussi par même moyen blâmer tacitement la prudence du roi qui, sans suivre les dils ordres, avait agi auprès de Sa Sainteté pour décider le différend, et que c'était démentir ce que Sa Majesté avait déclaré par son
I ordonnance du 4 juillet précédent, qui portait que dans
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cette bulle il n'y avait rien de contraire aux libertés de rÉglise gallicane et aux droits du royaume.
7° Que l'on faisait dire à ce prélat que l'Église gallicane et la romaine même avaient été privées de la gloire qu'elles devaient avoir en cette affaire, et que dans les procédures qu'on avait faites \ l'épiscopat y avait été abattu. Que ces paroles contenaient des plaintes contre le Saint Père, et que c'était même lui faire une réprimande d'avoir ju^é de ces propositions avant que MM. les Évoques en eussent porté jugement dans un concile ; que c'était accuser le roi et MM. les prélats qui avaient écrit à Sa Sainteté pour agir ainsi d'avoir contribué à ces désordres et coopéré à la destruction de l'épiscopat, en ce que le Saint Père, comme parlait ce cahier imprimé, n'avait pas suivi l'exemple des autres pontifes qui l'avaient précédé, pour confirmer par son autorité ce que les prélats de France avaient jugé avant lui par un concile. Que ces paroles n'avaient aucun fondement dans la disposition des canons et des conciles, où il ne se trouvait point que ce fût un ordre nécessaire que le concile de MM. les évoques dût toujours précéder les décisions des papes. Que les prédécesseurs de Sa Sainteté, qui étaient loués dans cet écrit "^ avaient pratiqué le contraire et avaient condamné le jansénisme en la doctrine de Baïus sans^ un concile précédent de MM. les évéques, et de la même façon que notre Saint Père le pape l'avait condamné par sa bulle.
8" Que l'on faisait voir que ce prélat donnait autant d'autorité à un faux bruit que les jansénistes avaient fait courir d'un certain prétendu discours de notre Saint Père le pape qu'à la bulle même de Sa Sainteté, puisqu'il était dit que c'était par ce moyen qu'on savait quelle était l'intenlion du souverain pontife, et que cette intention faisait qu'on devait particulièrement avoir égard à sa parole ; que cependant, quand ce bruit aurait été véritable, il ne pouvait avoir autant de force que la bulle, n'étant point venu à nous par des voies juridiques, et que l'on voulait néanmoins, tout faux qu'il était, que la bulle même en dépendît, et qu'elle fût plus considérée pour cela.