CHAPITRE XXII
Les Jésuites font publier un almanacii intitulé : La déî^oute et la confusion des Jansénistes.
Le plomb de Rome n'ayant pas eu tout Teffet que les Jésuites espéraient* de la constitution, ils crurent que le burin d'un graveur leur serait plus favorable, quand ils auraient gravé sur le cuivre leur triomphe imaginaire, et que les yeux du peuple seraient plus frappés de la vue d'un almanach que leurs oreilles ne l'avaient été de la publication d'une bulle qui ne condamnait que ce que leurs adversaires avaient toujours condamné. Ce moyen de se venger parut à leur politique un excellent stratagème, puisque d'une part ils espéraient se rendre agréables aux puissances en représentant le pape et le roi comme les destructeurs des monstres et des hérésies, et que de l'autre ils faisaient voir par là à tout le monde le grand crédit qu'ils avaient dans toutes les cours.
Voici quelle était l'ordonnance de ce tableau qui fit alors tant de bruit, et que la curiosité fit répandre par tout le royaume. Au milieu de la planche, dans la partie la plus haute, il y avait plusieurs rayons qui sortaient du ciel, et un Saint Esprit au dessous duquel était immédiatement le pape assis, revêtu d'une chape et couvert de sa tiare, tenant une épée flamboyante en sa main droite et un livre en sa gauche. Il y avait à son côté droit une fille qui représentait la Religion et tenait d'une main la croix dont le pied écrasait la tête d'un gros serpent, et un calice de l'autre. A son côté à gauche était une fille semblable à une Pallasqui avait le casque en tête, au dessus duquel était écrit : La puissance de V Eglise, Elle tenait en sa main gauche les deux clefs de saint Pierre, et touchait de sa main droite la garde de Tépée flamboyante que tenait le pape. A l'entour du pape, des deux côtés, il y avait des cardinaux assis, trois du côté droit et quatre du côté gauche, dont le quatrième était habillé en évêque. En la partie la plus éloignée du pape