LIVRE X
4<^. Quoiqu'il eût été couvert de confusion par l'opposition qui avait été faite à son syndicat, à cause qu'il avait donné son approbation la même année à cette doctrine pernicieuse, il ne laissa pas de l'approuver encore solennellement en la présence de M. de Souvré, et de déclarer qu'encore qu'il la crût fausse, il sortirait plutôt du royaume que de souscrire à la censure que la Faculté en avait faite, à cause qu'elle condamnait cette doctrine d'hérésie, au lieu qu'il soutenait que cette même doctrine, si préjudiciable au droit des rois, avait été supposée, suivie et pratiquée par cinq conciles généraux. Et pour diminuer la honte qu'il avait reçue par cette opposition à son syndicat, il dit qu'il avait eu toute la Faculté pour lui, à l'exception de sept jeunes docteurs qui s'étaient opposés à son élection. M. de Saint-Amour lui demanda s'il estimait M. le curé de Saint- Roch et M. Brousse de jeunes docteurs, et lui dit qu'il se souvînt que les cinq autres qui s'étaient opposés avec eux étaient aussi âgés qu'eux, c'est-à-dire des plus anciens de la Faculté.
5°. M. Hallier nia avoir envoyé le P. Mulard à Rome comme député de la Faculté, et soutint néanmoins qu'il avait eu droit de le faire, parce que la Faculté lui avait donné pouvoir, à lui syndic en ce temps-là, et à trois autres docteurs, de poursuivre cette affaire en toutes sortes de tribunaux. M. de Saint-Amour lui demanda si le mot : Quomodoiibet, qu'ils avaient glissé dans la conclusion de la Faculté pour s'attribuer ensuite ce prétendu pouvoir, signifiait toutes sortes de tribunaux. Et il mit en fait que dans la délibération de la Faculté il ne fut jamais question que de se joindre à un appel comme d'abus que des Hibernois avaient interjeté au Parlement, et que la Faculté en cette rencontre n'avait point eu la moindre pensée de toutes sortes de tribunaux, et encore moins de lui donner pouvoir d'envoyer à Rome des députés de sa part.
6°. Incontinent après que M. de Souvré se fut retiré, M. Hallier se plaignit en présence de M. de la Sablonnière* et d'une autre personne que M. de Saint-Amour crut être un des officiers de ce seigneur, que dans les lettres que ce
1. Peut-être Théophile de Catelan, sieur de Sablonnières et capitaine des chasses du Louvre, meationné par Paulia Paris, Hislorielles de Tallemant, IV, 45.
docteur lui avait écrites de Rome, il lui avait mandé que le pape l'avait rebuté, et que lui M. de Souvré l'avait écrit au roi. M. de Saint-Amour soutint que c'étaient deux faussetés, et écrivant le 16 du même mois pour adresser à ce premier gentilhomme de la chambre la relation de cet entretien, le priait de lui rendre ce témoignage pour sa justification. On peut voir sa lettre qui est imprimée dans son journal. Mais lorsqu'il alla le lendemain de sa date en demander la réponse à M. de Souvré, ce seigneur lui dit qu'il fallait qu'il eût égard à la qualité du génie du personnage à qui ils avaient affaire ; que c'était un homme emporté avec lequel il n'y avait point de plaisir de se commettre, parce qu'il n'y avait point de mesures à prendre avec lui. C'est pourquoi il lui conseilla de négliger tout ce qu'il lui avait pu dire, d'autant plus que tous ceux qui s'étaient rencontrés à leur entretien avaient bien vu qu'il avait parlé à tort et à travers, sans fondement et sans conduite.
M. le duc de Verneuil\ qui était alors M. de Metz, vint voir M. de Souvré pendant que M. de Saint-Amour était avec lui, et dès qu'il fut entré, M. de Souvré lui dit : « Plût à Dieu, Monsieur, que vous fussiez venu ici il y a deux ou trois jours au lieu d'aujourd'hui; vous eussiez vu M. de Saint- Amour aux prises avec M. Hallier, et vous eussiez vu M. Hallier lui dire cent pouilles et cent coyonneries. » C'était une consolation et quelque sorte de justification pour M. de Saint-Amour que tout ce que M. Hallier avait dit contre lui n'eût point fait d'autre impression que celle-là. Il témoigna néanmoins qu'il supportait avec peine cette calomnie capitale qui regardait le respect et l'affection dont il se trouvait redevable envers le roi, que M. Hallier avait débitée avec tant de hardiesse, et il en renouvela ses plaintes et ses douleurs à M. de Metz. Mais ce prince eut la bonté de l'en consoler aussi bien que M. de Souvré, et de lui dire qu'on le connaissait bien chez le roi, qu'on l'y avait vu dès son enfance, qu'on y savait sa conduite, et qu'on n'avait garde d'y entrer dans le moindre soupçon de ce que M. Hallier lui
1. Henri de Bourbon (1601-1682), duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV et de la duchesse de Verueuii, nommé évêque de Metz en 1612, ne reçut jamais les ordres; il donna sa démission en 1652, et épousa, en 1678, la veuve du duc de Sully.