LIVRE X
avait reproché ; qu'ainsi il le devait négliger et ne s'en mettre nullement en peine. De sorte qu'ayant eu en sa faveur le témoignage de cette Altesse et celui de sa conscience, outre celui de M. de Souvré et de la compagnie qui s'était trouvée chez lui lorsqu'il y était entré avec M. Rallier, il lui sembla qu'il aurait eu tort de ne se pas conformer entièrement à leurs sentiments.
Ce fut le 23 du même mois que le même M. Hallier et M. Joisel son collègue se surmontèrent à débiter leurs calomnies contre le monastère de Port-Royal dans une audience qu'ils eurent chez la reine. Il dit que c'était un lieu rempli d'un nombre très considérable d'hommes qui s'étaient unis ensemble sous prétexte de pénitence, qui avaient commerce avec tous les ennemis de l'Etat, qui étudiaient sans cesse les livres des anciens pour renverser la discipline de l'Église, ôter l'usage de ses sacrements et changer toute sa doctrine par des opinions nouvelles et par des erreurs plus pernicieuses que toutes celles des hérétiques, pour troubler l'ordre du royaume, et y introduire un gouvernement semblable à celui que Gromwel, avec lequel ils avaient des intelligences secrètes, avait établi dans les États d'Angleterre.
Il n'en fallait pas davantage pour donner de mauvaises impressions aux puissances si l'idée qu'ils tâchaient de aire concevoir de ce monastère eût été conforme à la vérité. Mais il se trouva à la cour des personnes sages qui ayant appris ce qui s'était passé dans cette audience convainquirent ces deux docteurs de mensonge et de calomnie, et rendirent un généreux témoignage à la vérité et à l'innocence dont ces prêtres étaient les persécuteurs.