LIVRE XI
envers lui pour exiger son consentement. Que si cela arrivait ainsi, ils ne pourraient pas se dispenser de soutenir leurs poursuites, pour ne pas s'exposer au déshonneur que les autres tâcheraient de leur procurer par leurs calomnies et par le décri qu'ils feraient de celui en faveur duquel ils se seraient déclarés. Qu'ainsi ils le conjuraient d'y bien penser, afin de ne rien faire dont il pût avoir regret dans la suite du temps, parce que dans le temps qu'ils lui parlaient^ il était assuré de tous leurs suffrages et qu'ils lui promettaient qu'il n'y en aurait pas un d'entre eux qui ne lui donnât sa voix avec joie. Mais il persista toujours dans son premier refus et protesta de ne s'engager jamais dans cet emploi, de quelque violence dont on usât envers lui.
Cependant la suite fît voir tout le contraire; soit que de lui-même il découvrît aux partisans de Molina le dessein des disciples de saint Augustin, soit que la chose fût venue à leur connaissance par quelque autre voie, on s'aperçut presque dans ce même temps qu'ils commencèrent à décrier M. Quéras, à dire que c'était un janséniste caché qui s'était ménagé longtemps afin de conserver adroitement le mérite nécessaire pour être nommé à cette charge. Les Jésuites se mirent en campagne et publièrent partout que les prétendus jansénistes voulaient renverser toute la Sorbonne et se rendre maîtres de l'élection d'un professeur pour y mettre celui d'entre eux qu'ils jugeraient le plus capable, qui était M. Quéras. Ces bruits se répandirent chez la reine et chez M. le cardinal Mazarin, et quoique M. Tubeuf, qui avait mis ce docteur auprès de son fils pour l'instruire, fît tous ses efforts pour persuader tout le contraire, néanmoins ces Pères ne cessèrent pas de rebattre la même chose par leurs calomnies. Les évêques de la maison de Sorbonne qui avaient voix dans cette nomination s'engageaient tous les jours dans cette contre-batterie, comme ils la nommaient, et y joignaient tous les autres prélats qui étaient de leurs amis en leur représentant qu'il s'agissait dans cette élection du salut de tout le parti de Molina, et de s'opposer à une cabale qui se formait contre la constitution. D'un autre côté, ils menaçaient les disciples de saint Augustin de faire casser par l'autorité du roi l'élection qu'ils auraient faite, s'il se trouvait que M. Quéras fût nommé à la pluralité des voix. M. l'archevêque d'Embrun et M. l'é-
vêque de Montauban étaient les plus échauffés sur cette affaire, et ce fut inutilement que quelques-uns de leurs confrères qui étaient alors à Paris leur remontrèrent le tort qu'ils se faisaient à eux-mêmes et à toute la maison de Sorbonne en donnant l'exclusion de celte charge à un docteur à qui ils avaient autrefois donné des louanges en toutes rencontres en le jugeant très digne de cet emploi. Non seulement ils furent sourds à toutes ces remontrances, mais M. l'archevêque de Paris même ne pouvant présider à celte assemblée à cause de ses indispositions, il' poursuivit auprès de lui la commission d'y tenir sa place, et l'ayant obtenue, ne s'appliqua plus qu'à chercher tous les moyens d'exclure M. Quéras et de faire nommer M. Dabes, Et sur ce qu'on se plaignit à ce dernier de ce qui se passait dans cette affaire après les mesures que l'on avait prises avec lui, pour se défendre des reproches qu'on lui faisait de son infidélité, il prétendit n'avoir manqué à quoi que ce fût, persistant toujours, à ce qu'il disait, dans sa première résolution, et témoignant ne pouvoir pas empêcher que ses amis ne songeassent à lui et qu'ils se missent en peine de faire réussir cette élection en sa faveur. On n'en eut pas davantage de lui sur ce sujet, quoiqu'on insistât que le soin de sa justification l'obligeait à quelque chose de plus, et qu'il y allait du sien s'il en demeurait dans ces termes généraux sans empêcher plus positivement sa nomination.
11 est vrai que dans l'état où les choses étaient alors il dépendait absolument des docteurs du parti de Molina de faire réussir l'élection pour un autre que pour M. Dabes s'il eût refusé d'y entrer sur la proposition qu'ils lui en firent, parce qu'ayant dessein de tourner cette délibération à leur avantage par la voie de fait, ils n'étaient en peine que de jeter les yeux sur un sujet qui fût agréable à tout le parti. De sorte que M. Dabes pouvait craindre que ces théologiens, qui étaient fort capricieux et qui avaient pour but que les disciples de saint Augustin n'eussent aucun avantage dans leur assemblée, quelque léger qu'il pût être, ne se déclarassent contre lui s'ils eussent remarqué qu'il eût eu la moindre liaison avec ceux qu'ils appelaient jansénistes. Mais ce n'était pas là son motif, et on a reconnu
i. Il c'est l'archevêque d'Embrun, la phrase est mal construite.