LIVRÉ XI
^^velles de lui, et l'exécutait sur tous les réguliers sans en épargner aucun. Quelques-uns d'eux y comparurent, et il s'en trouva même qui reconnurent de bonne foi n'avoir nulle approbation de lui ; mais les Jésuites étaient trop fiers de leur nouvelle victoire pour déférer à cette ordonnance, et l'on attendait l'issue de ce retardement.
Quant aux théologiens du Pays-Bas, ils n'avaient plus de contestations sur la matière de la pénitence; mais les Jésuites disaient impunément tout ce qu'ils voulaient de la grâce sans que personne leur résistât, parce que nul ne le pouvait sans s'exposer à de très grands périls et à de très grands inconvénients que l'on ne voulait point attirer sur soi. Le Père Quarré, de l'Oratoire, en faisait une confession fort ingénue en ces termes : « On roule, disait-il en écrivant à l'un de ses confrères, comme l'on peut et l'on croit faire beaucoup que de subsister dans le silence, car il nes'agitde rien moins que de bannir et de proscrire les défenseurs de saint Augustin, et de les priver de leurs bénéfices et de leurs chaires dans l'Université ». Mais on pouvait répliquera ce Père que quiconque n'est pas dans la disposition d'exposer toutes choses pour la vérité ne l'aime qu'avec une tiédeur déplorable, et qu'elle n'aura jamais que de faibles défenseurs en ces sortes de personnes.
Un docteur de Louvain mandait à peu près la même chose le 26 de février à un docteur de Paris de ses amis. Il lui témoignait que l'état où il se trouvait depuis la levée de l'interdit des deux prélats était un état de calme et de repos, sans que les Jésuites suscitassent de nouvelles persécutions et que l'internonce se plaignît d'eux ; que pour cela Iils se tenaient le plus qu'il était possible dans le silence, afin de ne les pas irriter et de ne leur donner aucune prise sur pux. Que cette conduite n'empêchait pas que les défenseurs de la divine grâce ne demeurassent intrépides et ne soutinssent avec autant de force et de vigueur la doctrine de saint Augustin qu'ils faisaient avant cette nouvelle contesta*
Ition; mais qu'ils le faisaient dans les règles de la prudence Bt d'une manière tout à fait modérée, ne voyant pas que ['éclat pût profiter en rien à leurs adversaires ; c'était leur Paisonnement, et par là ils ne travaillaient guère moins que
Cependant les Enluminures du fameux Almanach des Jésuites étaient reçues en Flandre avec tout l'applaudissement et toute l'approbation qu'elles méritaient, et on les estimait d'autant plus que cette manière de raillerie sainte en des vers aussi sérieux qu'étaient ceux-là paraissait nouvelle dans ce pays, où l'on ne faisait rien que de grossier en ce genre d'écrire. Les Jésuites ne pouvaient souffrir la gloire de cet ouvrage ; les éloges que leurs meilleurs amis lui donnaient publiquement les perçaient jusqu'au fond du cœur, et pour remédier à ce mal présent par des menaces dont l'effet devait être sans doute fort éloigné, ils faisaient courir le bruit que leurs Pères de France y répondraient ; qu'ils avaient chargé le Père Adam de cette importante commission pour soutenir l'honneur de leur compagnie; que les vers qu'il avait faits dans la traduction des Heures contre celle des Hymnes de Port-Royal* lui avaient acquis tant de réputation parmi eux qu'ils le considéraient pour un poète achevé et seul capable de détruire cet ouvrage. Cette promesse, qui eût [été] ridicule à Paris, ne laissait pas de faire son effet en Flandre, où le Père Adam était peu connu, et quoique le bon sens soit de tout pays,, le goût de celui-là n'était pas capable d'une fort grande délicatesse.
Ceux qui écrivaient ces nouvelles se confirmaient dans Pcspérance qu'ils avaient de jouir de la paix dans la suite du temps, n'y ayant plus rien que [leurs] ennemis pussent désirer après avoir remporté les choses qu'ils avaient souhaitées avec |le] plus de passion, lis ajoutaient que cet état les mettait dans une liberté d'agir avec moins de crainte et d'une manière plus sûre pour la défense de la cause qu'ils avaient soutenue jusqu'alors, et que ce calme mettait les choses dans la disposition de recevoir une paix générale dans l'Eglise de leur pays. C'étaient de beaux songes et d'agréables conjectures. Mais ils se flattaient vainement d'une espérance que l'événement a fait voir n'être pas fondée sur de solides fondements, et ils ont appris depuis ce temps-là, par leur propre expérience, que les Jésuites ne donnent jamais la paix qu'à ceux qui se déclarent aveuglément leurs esclaves.
1. V. tome I, p. 534; livre VI, ch. 12. Hermant y parle, avec exem-^ pies à l'appui, des « Heures ridicules » du P. Adam.