‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 265 sur 510 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

jposition?de Rome sur les affaires de l'Église pendant ce temps-là.

L'emprisonnement du Père Nolano, dominicain, faisait toujours l'inquiétude de ceux qui avaient connu son innocence et son mérite. On avait appris que dans le temps qu'on l'arrêta, on l'avait trouvé occupé à traduire en italien le mandement de M. d'Angers pour la publication delà constitution du pape. La signora Olympia*, qui avait été sollicitée de s'employer pour sa liberté, s'en était excusée comme d'une affaire qui n'était pas de son ressort, et sur laquelle elle ne voulait pas se commettre avec M?"" Albizzi qui en était l'entrepreneur. Il courait de différents bruits touchant ce Père; les uns publiaient qu'il avait sujet de craindre les galères^ et que l'on pourrait bien lui donner une rame au lieu de la plume qu'il avait eue en main ; les autres disaient que l'on commençait à ressentir quelque regret de l'avoir arrêté si légèrement, et qu'on pourrait bien le mettre tout à fait en liberté si l'on ne craignait qu'au sortir de l'Inquisition il ne se retirât en France. Cependant on lui laissait lire librement saint Augustin et saint Thomas.

Mais on apprenait à Paris par des lettres écrites de Rome que l'ordonnance de M. l'évêque de Comminges y était encore plus mal reçue que la lettre pastorale de M. l'archevêque de Sens. On était persuadé que selon toutes les apparences du monde la discussion que le pape en avait voulu faire avait causé la mort du Père Giustiniano, de la congrégation de saint Philippe de Néri, frère du feu cardinal Giustiniano ; que ce Père était un très bon homme et assez habile dans les hautes sciences, et qu'il avait abrégé ses jours, pour s'être trop appliqué à étudier une matière que le pape lui avait donnée à examiner.

1. Olympia Maldachini (1594-1656), belle-sœur du pape Innocent X, prit un grand ascendant sur l'esprit de ce pontife. Disgraciée en 1650, elle revint à la cour de Rome en 1653, et mourut eu 1656, au moment où Alexandre VII, successeur d'Innocent X, allait faire instruire son procès.

Un homme très considérable de la ville de Rome mandait aussi le 23 du même mois à un docteur de Sorbonne de ses amis que l'ordonnance de M. l'évêque de Comminges avait été montrée à M. le cardinal Chigi *, et qu'après l'avoir lue, il en était demeuré si mal satisfait qu'il n'avait pu s'empêcher de dire que ce prélat le paierait, et qu'on lui ferait bien voir qu'il n'appartenait qu'au pape, et non pas aux évoques, déjuger des causes majeures.

Ce jour-là même, un religieux d'un ordre très célèbre et très considérable parmi les religieux de Rome mandait à un docteur de Sorbonne de ses amis que le mercredi précédent M. du Bosquet", évéque de Lodève, depuis ce tempslà transféré à Montpellier, lui avait dit « que dans l'audience que le pape lui avait donnée le 15 du môme mois, il avait représenté à Sa Sainteté que plusieurs inféraient de sa constitution sur les cinq propositions que la doctrine de saint Augustin y avait été condamnée. Que le pape entendant ces paroles avait levé les deux mains et lui avait répondu que ce n'avait jamais été son intention, sachant trop bien en quelle vénération avait toujours été et devait toujours être dans l'Église la doctrine d'un si grand et si saint docteur ; mais qu'il n'avait pas voulu distinguer les sens des propositions, afin d'aller au devant des cavillations des jansénistes et des hérétiques qui se couvraient de la doctrine de ce saint Père de l'Église. Ce religieux ajoutait qu'il avait supplié ce sage prélat de vouloir écrire en France cette déclaration du pape, et qu'il lui avait promis de le faire, l'assurant qu'il l'avait déjà fait par deux lettres, dont il avait écrit Tune à M. de Marca, nommé à l'archevêché de Toulouse, et l'autre à M. de Marmiesse, l'un des agents généraux du clergé de France, depuis évêque de Conserans. 11 lui dit aussi dans cette même conversation que le pape et M. le cardinal Barberin lui avaient dit beaucoup de bien de quelques-uns des députés pour la doctrine de saint Augustin.

Il y avait sujet de gémir sur la manière dont on traitait à

1. Le ma. dit en plusieurs endroits : Ghiggi. Il faut lire Chigi; c'ci^t le futur pape Alexandre Yll.

2. François du Bosquet (1605-1676) d*abord magistrat, fut évoque de Lodève, puis de Montpellier ; il a laissé quelques ouvrages qui attesleut sa grande érudition.

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