‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 268 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

ouvrage à leur faire voir que ces propositions étaient de Jansénius, citant les lieux, les pages et les marges d'où il prétendait leS avoir extraites, et par conséquent qu'elles n'avaient pu être condamnées que dans le sens de cet évêque * ; et dans l'autre il se proposa de montrer quelle était proprement la doctrine que le pape avait proscrite dans sa constitution.

Il avait commis dans cet ouvrage deux très grands excès: l'un contre l'autorité de saint Augustin en voulant que le pape n'y eût eu aucun égard et « qu'il ne se fût pas mis en peine s'il approuvait ou s'il improuvait sa doctrine », l'autre contre l'honneur de plusieurs évêques illustres dans l'Eglise par leur dignité et par leur suffisance, qu'il foulait aux pieds d'une manière outrageuse en tâchant de les rendre suspects d'hérésie, et les traitant ou de protestants ou de ridicules pour avoir déclaré après le pape même qu'il ne fallait pas abuser de la constitution de Sa Sainteté contre la doctrine de saint Augustin.

Cette entreprise si téméraire contre la parole que M. le cardinal Mazarin avait exigée des Jésuites, et particulièrement du Père Annat qui avait un si grand accès auprès de lui, obligea les disciples de saint Augustin de se plaindre de l'injustice de ces Pères. Et en effet il était étrange que dans le temps même que leurs ennemis faisaient voler sur leur tête une grêle de cailloux pour les assommer, on leur liât les mains par une autorité souveraine pour les empêcher de parer les coups qu'on leur portait de toutes parts. Car dans ce temps même les Jésuites avaient encore obligé un autre théologien de leur compagnie, nommé le Père Février ^, résidant alors dans leur collège de Poitiers, à réfuter encore en français ce même écrit de la distinction des sens, et en s'acquittant de cette commission, il n'avait pas rempli [de] moins de médisances et de calomnies son écrit, qui étant petit et d'un style plus intelligible que celui du Père Annat, pouvait être mis dans les mains de tout le monde plus que celui de ce fameux provincial.

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