CHAPITRE XV
Nouvelles négociations avec M. de Sens. Le cardinal Mazarin en prend l'occasion d'assembler les évêques au Louvre.
Dans le .temps même que Ton croyait qu'il n'y avait plus rien à négocier avec M. de Sens, après tant de conférences qui ne s'étaient terminées qu'à une entière rupture, M, le cardinal iMazarin, qui avait des vues toutes particulières dans cette affaire, tâcha de la remettre encore une fois .sur les mêmes voies en se servant pour cet effet des évêques qu'il y avait déjà employés. Non seulement ils lui proposèrent les mêmes choses qu'il avait déjà refusées; mais ils y ajoutèrent qu'il fallait qu'il reconnût dans sa lettre que les propositions condamnées par la constitution du pape étaient de Jansénius. Cette nouvelle proposition fit connaître à ce' prélat le dessein que les ennemis de saint Augustin avaient toujours tenu caché jusqu'alors, savoir de réduire toute la contestation à ce point : que les propositions étaient extraites du livre de M. l'évêque d'Ypres, ainsi qu'ils l'avaient déjà marqué dans la lettre écrite au pape par les évêques assemblés au Louvre au mois de juillet précédent, et que Sa Sainteté les avait condamnées dans le sens de Jansénius, selon que le Père Annat avait eu la hardiesse de l'écrire dans son nouveau livre. M. de Sens rejeta d'abord cette première ouverture, et remontra aux évêques entremetteurs que c'était un fait sur jquel le pape n'ayant riendéterminé, il le fallait laisser sans parler, n'étant question que du contenu de sa lettre, qui 'avait nul rapport avec ce fait. De plus, que ceux qui avaient le livre de cet auteur, et qui étaient des hommes très >lairés et très capables d'en juger, soutenaient que ces pro- ►sitions n'y étaient ni quant aux termes ni quant au sens, qu'ainsi il ne pouvait pas avouer un fait dont il n'avait isde connaissance, et sur lequel il avait un doute raisonible qu'il fût tel qu'on le lui proposait; et quant à la pro-
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position qu'ils lui avaient faite touchant l'effet que la grâce n'avait pas vitio voluntatis, il leur déclara qu'il ne parlerait pas autrement qu'il leur avait dit, et ne s'exprimerait sur cela que d'une manière conforme à la doctrine de saint . Augustin, qui levât tout ce qu'il y avait d'équivoque dans ces termes.
Plusieurs personnes de très grande considération et qui tenaient les premiers rangs à la cour s'entremirent pour l'accommodement de cette affaire, et portèrent instamment M. de Sens à entrer dans l'ouverture de ces prélats médiateurs. Mais comme ils ne purent rien gagner sur son esprit, M. le cardinal Mazarin, changeant cette négociation, leur fit dire qu'il était d'avis qu'il envoyât sa lettre au pape en la manière qu'ils l'avaient arrêtée' tous quatre ensemble, et qu'il croyait que Sa Sainteté en serait contente pourvu que sur les points touchant lesquels il était en contestation avec les trois évêques entremetteurs, il voulût s'en rapporter à l'assemblée des évêques qu'il ferait tenir à cet effet.
M. de Sens n'eut pas de peine à s'apercevoir qu'un changement si prompt et si inopiné n'était arrivé que pour le faire acquiescer plus aisément à la résolution que ces évêques prendraient sur le dessein secret de ce cardinal ; et il se confirma tout à fait dans la pensée qu'on devait craindre dans cette affaire quelque coup fourré, et que l'on voulait déterminer le fait de Jansénius. Il forma de très grandes difficultés sur cette assemblée, déclarant qu'il ne voulait nullement soumettre sa lettre pastorale au jugement des évêques que selon les formes canoniques. Mais toutes ces difficultés furent levées par la parole qu'on lui donna qu'il n'en serait pas dit un mot dans cette assemblée, et que l'affaire de cette lettre pastorale serait entièrement terminée par celle qu'il avait écrite au pape, moyennant cette condition que M. le cardinal Mazarin exigea de lui, que pour les autres chefs de la constitution touchant la doctrine, il se rendrait au sentiment que l'assemblée prononcerait à la pluralité des voix, et se conformerait à l'avis des autres évêques, pour garder l'uniformité avec eux. M. de Sens fut quelques jours à se résoudre dans la crainte qu'il avait que les résolutions de cette assemblée ne formassent contre lui de plus grandes difficultés, ne voyant rien d'assuré du côté du pape, et prévoyant que Sa Sainteté