‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 275 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

attendrait le résultat de cette assemblée pour s'y réduire et la régler ; et que comme il y avait lieu de croire que ce résultat lui serait très agréable, il se porterait à agir contre lui d'une manière dont il lui serait très difficile de se défendre. D'ailleurs il considérait tous les maux que produirait dans l'Eglise la détermination du fait dans Jansénius : il en envisageait par avance toutes les suites telles qu'elles ont paru depuis ; il faisait réflexion sur l'injustice que l'on ferait à un grand prélat qui était mort en odeur de sainteté et dans un parfaite union avec l'Église, en le traitant d'impie, de blasphémateur et d'hérétique. Son esprit lui représentait les violences que l'on exercerait contre ceux qui ne voudraient pas reconnaître ce fait comme véritable^ étant convaincus du contraire, les avantages que l'on donnerait à la cour de Rome, qui se prévaudrait de cette occasion pour établir sur les églises de France [une autorité] toute contraire aux libertés et aux droits de l'Eglise gallicane et qui y avait toujours été rejetée,- l'obscurité où une décision de cette nature jetterait la doctrine de saint Augustin, et la hardiesse qu'elle donnerait à ses adversaires d'entreprendre toutes choses après avoir enfin obtenu celle-là, qu'ils avaient inutilement poursuivie depuis tant de temps, quelque crédit qu'ils eussent auprès du pape. Enfin il prévoyait que cela tendait à décrier généralement et à perdre de réputation tous ceux que Dieu avait employés pour le rétablissement de la morale contre les maximes relâchées des casuistes modernes, qui en sont les corrupteurs. Mais comme il vit que M. le cardinal Mazarin était absolument résolu à cette assemblée, et qu'il lui sérail inutile de s'y opposer, puisque ce serait se priver de la protection du roi et de la jonction des évêques dans l'affaire qu'il avait à démêler avec le pape, il donna les mains et accepta cette ouverture, avec la résolution de défendre vigoureusement la doctrine de saint Augustin, et de soutenir la justice de sa cause contre ceux qui la voudraient opprimer, se persuadant que Dieu pourrait changer les cœurs de ceux qui auraient le plus de part dans cette assemblée, et leur faire prendre de meilleures résolutions.

Les Jésuites firent courir en ce temps-là dans les provinces, sous le nom de M. de Marca, la réfutation de la lettre pastorale de M. de Sens. Mais elle n'était nullement de ce

prélat, qui avait été satisfait des réponses très solides que M. de Sens avait faites sur sa lettre; et c'était une pièce très faible et très méprisable, qui n'était en rien différente des observations que le sieur Filleau et les deux docteurs de l'Université de Poitiers avaient déjà publiées sur cette matière ; aussi elle se ruina d'elle-même, et le même sieur Filleau n'en fit nulle mention dans la relation juridique qu'il publia cette année, quoique c'eût été dans Poitiers que les Jésuites avaient tâché de la faire valoir davantage.

Ce n*était pas sans sujet que M. le cardinal Mazarin poussait si loin l'affaire de M. de Sens, car son but étant de faire connaître au pape qu'il y avait une parfaite uniformité entre tous les- évêques de France touchant la doctrine de saint Augustin et la réception de sa bulle, il croyait que quand il y aurait engagé cet archevêque, il n'y aurait plus de résistance à appréhender de la part d'aucun prélat. Le coup qu'il entreprenait était hardi et de la dernière conséquence; ayant dessein de se rendre le pape favorable, il ne voulait pas manquer à la principale circonstance de cette entreprise. Car si cet archevêque et ceux qui étaient à Paris avec lui se fussent retirés chacun dans leur diocèse après tout ce qui s'était passé, le pape ne serait jamais passé plus avant dans cette affaire, et il se serait tenu à sa constitution et aux brefs qu'il avait déjà envoyés. Il est vrai que Sa Sainleté et M. le cardinal Chigi avaient fait de grandes plaintes de la lettre pastorale de M. de Sens et de l'ordonnance de M. de Comminges, mais cette opposition les embarrassait extrêmement, parce qu'elle rompait l'uniformité dont M. l'ambassadeur lui avait donné des assurances pendant qu'il était à Rome, et cette résistance imprévue leur faisait appréhender qu'ils ne se fussent trop avancés. Et quoique la lettre de l'assemblée du mois de juillet fût très avantageuse et très favorable à la cour de Rome, néanmoins elle n'avait nullement plu aux personnes de leur intrigue, et ils n'avaient pu s'empêcher de dire sur son sujet : Qu\era molto vituperosa. Ainsi la disposition secrète de cette cour de delà les monts était que tant que cette opposition subsisterait et que la cour de France ne la ferait point cesser, le pape en demeurerait à sa constitution, et s'abslieadraitde se déclarer sur le fait de Jansénius.

Il était donc de la dernière conséquence pour M. le cardi-

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