‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 278 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

bien fondé (il entendait parler de M. de Toulouse, de M. de Rouen et M. de Montauban, qui se sont déclarés dans cette affaire ses ennemis et ses persécuteurs). M. le cardinal répondit qu'on ne parlerait en aucune manière de sa lettre ni de lui, mais en général qu'on chercherait les moyens de pacifier toutes choses.

« Après l'assemblée, M. le cardinal assura fort M. de Sens que ce qui le regardait était consommé par la lettre qu'il avait écrite en dernier lieu au pape, dont infailliblement Sa Sainteté serait contente.

« On avait résolu de s'assembler le samedi d'après, qui était le 14 du courant; mais, n'étant [pas] pressés, ils remirent au mardi 17, auquel jour Son Éminence se trouva atteinte d'une colique néphrétique qui le tourmenta jusqu'au 20.

« Les commissaires, voulant se rendre maîtres absolus de toute cette affaire afin d'obliger les évéques à en passer par où il leur plairait, ainsi que M. Tarchevêque de Rouen ne put s'empêcher de leur témoigner, firent serment entre eux de ne déclarer à aucun de leurs confrères ce qu'ils arrêteraient entre eux et de garder le secret; ce qui fit connaître l'esprit avec lequel ils agissaient, qui était un esprit de cabale ; car en matière de religion, tous les évêques étant également juges, il est très injuste de vouloir cacher aux uns ce qui est connu des autres. Dans le concile de Trente, tous les prélats qui voulaient assister aux congrégations dans lesquelles on discutait les matières y étaient reçus, et telles congrégations n'étant que pour éclaircir les choses doivent être ouvertes à ceux qui ont droit de décider.

« M. de Tours, qui était le chef de la commission, quitta la partie, et s'en allant à Tours laissa à M. d'Embrun l'avantage d'en faire le rapport.

« On crut qu'ils voulaient proposer d'expliquer la constitution du pape, déclarer en quel sens elle était reçue, et même faire quelque chose au delà de ce que voulait le pape. »

M. Taignier, qui avait conservé dans ses mémoires la relation de ce prélat, l'interrompit en cet endroit pour y ajouter un billet qui avait été écrit le même jour par une personne de considération sur des choses très particulières

qu'elle avait entendues de la bouche môme de M. de Priésac conseiller d'Etat, et qui faisait voir que les commissaires ne furent pas si secrets en cette rencontre que M. de Toulouse ne s'en expliquât.

Le billet contenait ces mots :

« M. de Toulouse s'échauffa beaucoup dimanche dernier contre M«. de Priésac chez M. le chancelier, et lui dit trois choses : 4" Que ces messieurs (il entendait les disciples de saint Augustin) étaient des imposteurs, et que ce qu'ils rapportaient dans le dernier livre touchant M. d'Ypres était faux; 2° que M. Cornet n'avait pas trouvé tout ce qui était de plus condamnable dans cet auteur; 3° qu'ils le condamneraient dans la seconde assemblée; mais que l'on dirait qu'il faut s'attacher à saint Augustin, et que leur décret contiendrait l'éloge de ce Père. Et comme on lui dit qu'ils auraient dû mettre parmi eux quelques-uns des prélats défenseurs de la doctrine de saint Augustin, il dit qu'il y en avait trois : MM. de Tours, d'Embrun et d'Autun, mais qu'ils ne l'emporteraient pas. »

On voit combien cette réponse est ridicule; mais il faut reprendre la relation de l'évêque.

« Le mercredi IS*" jour de mars, M. le cardinal envoya quérir M. l'archevêque de Toulouse et lui montra une lettre qu'il avait reçue de M. de Lodève, qui était pour lors à Rome, par laquelle ce prélat marquait à Son Éminence que le pape lui avait témoigné beaucoup de modération sur ce sujet, et que l'intention de Sa Sainteté n'était pas qu'on s'engageât trop avant dans cette affaire* Sur quoi Son Éminence lui dit qu'on prit bien garde de suivre l'intention du pape, qu'il serait sans doute dangereux d'entrer dans une explication trop particulière de ces choses. M. de Toulouse, qui se voulait rendre considérable dans cette affaire, s'opiniâtra contre M. le cardinal qu'il ne fallait pas se relâcher de rien; que le pape était homme et sujet à faiblesse; qu'au reste il ne se mît pas en peine de l'affaire, qu'il en sortirait glorieusement et qu'il lui répondait du succès. M. le cardinal, voyant la violence de M. de Toulouse, ne disputa pas contre lui ; mais depuis, Son Éminence témoigna que les commissaires allaient trop vite, et son mal ayant continué, on attendit sa guérison pour finir cette affaire.

« Cependant l'on fit pour l'instruction de cette affaire des

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