LIVRE XI
écrits qui répondaient aux injustes pensées du Père Annat, qui prétendait que la constitution établissait pour article de foi l'opinion de Molina qui était approuvée, dit cet évêque, de tous ceux qui avaient quelque sorte d'équité et de bon sens, et que tous les habiles gens recevaient avec beaucoup de plaisir, qui jugeaient bien que si on [ne] prenait un juste tempérament dans cette affaire, les contentions seraient échauffées plus que jamais.
« Tous étaient d'accord d'obéir à la constitution avec un très profond respect, de ne soutenir les propositions condamnée» sous quelque prétexte que ce fût, et de demeurer dans une parfaite soumission au Saint-Siège. Mais MM. les commissaires ne pouvaient être satisfaits s'ils ne donnaient des règles de foi à l'Église, et s'ils ne faisaient quelque chose audelàmêmedecequefaisaitSaSainteté,quis'étaitcontentée de condamner des propositions mauvaises sans rien établir de nouveau, ne Tayant pas jugé nécessaire pour l'édification des fidèles.
« Le jeudi 26 mars, les évoques qui étaient à Paris ayant été convoqués au Louvre chez M. le cardinal Mazarin par MM. les agents généraux, s'y rendirent sur les deux heures après midi, et chacun ayant pris sa séance selon l'ordre de l'ancienneté, M. le cardinal, Mazarin se leva et commença l'antienne : Veni Sancte Spiritus, laquelle fut continuée conjointement par tous MM. les prélats, et l'oraison ayant été dite par M. le cardinal, chacun se rassit. Après quoi M. le cardinal dit que dans la dernière assemblée il avait été résolu que MM. de Tours, d'Embrun, de Toulouse, d'Autun, de Montauban, de Rennes et de Chartres examineraient les moyens de satisfaire le pape sur la plainte qu'on avait faite à Sa Sainteté qu'il y avait dans l'église de France quelque division au sujet de la doctrine condamnée par la constitution du 31 mai de cette dernière année, et qu'il était besoin présentement d'écouter le rapport de MM. les commissaires.
« MM. les commissaires s'étant mis au bureau, M. d'Embrun, se trouvant l'ancien de la commission par l'absence de M de Tours, dit que TÉglise étant essentiellement une, rien ne pouvait être plus dangereux, et particulièrement lorsqu'il s'agissait de doctrine, parce qu'en ce cas l'hérésie s'étant jointe au schisme, la vérité et la charité se trou-
vaient détruites, qui sont deux fondements du corps mystique de J.-G. Que dans l'occasion présente, [ces] messieurs avec qui il avait été nommé commissaire ayant sérieusement examiné l'importance de l'affaire présente en huit ou dix conférences, ils avaient justement appréhendé que le trouble qui avait paru depuis quelque temps ne produisît de mauvais eflets contre la doctrine de l'Église, en laquelle seule se trouvent la vérité et l'union de la paix des fidèles qui ne se conserve que par la charité ; qu'il avait été touché d'un désir sincère de trouver les moyens de maintenir l'une et l'autre, qui étaient si unies qu'il avait bien reconnu que, selon saint Augustin, non intratur in veritatem nisi jier charitatem. Et qu'ils avaient agi de telle sorte que s'étant proposé de conserver toute la règle de la charité, ils avaient tâché de pénétrer dans la vérité et de découvrir les moyens d'empêcher qu'elle ne fût point blessée. Il dit qu'ils étaient d'autant plus animés à la recherche des moyens de paix et d'union et de conformité de doctrine qu'ils voyaient Son Éminence à la tête de la compagnie; que le pape étant le centre de la communion et les cardinaux étant les collatéraux du pape et comme une partie de lui-même partout où ils se trouvent, le pape était en quelque manière censé présent, et les résolutions en tiraient une grande force.
« Il fit des excuses sur le défaut de sa capacité, et il se plaignit de la nécessité où l'absence de M. de Tours, qui avait été obligé de se retirer en son diocèse, l'obligeait de parler. Il leur représenta qu'ils avaient néanmoins tous cette satisfaction que, si M. de Tours était absent, il avait néanmoins laissé ses sentiments présents par la signature du procès verbal de ce qui s'était passé entre eux, n'étant point parti qu'après avoir signé, et que toutes les résolutions prises entre eux avaient été arrêtées et conclues.
« Il dit qu'ils avaient été députés par l'assemblée pour aviser aux expédients, non seulement de pacifier toutes choses, mais même de faire connaître au pape que l'obéissance à sa constitution est générale, et que personne ne s'en éloigne ; que pour cet effet ils avaient cru devoir proposer à la compagnie d'écrire à Sa Sainteté et aux évêques dans les provinces, pour déclarer qu'on obéit actuellement à la constitution par laquelle on reconnaît que les cinq propo-