LIVRE XI
sitions qui y sont condamnées sont de Jansénius, et qu'elles sont censurées dans le sens de cet auteur,
« Qu'il était nécessaire de faire cette déclaration, parce que toute la difficulté présente et les contestations qui s'étaient mues depuis la constitution n'étaient que sur ce qu'on opposait que ces cinq propositions n'étaient pas dans le livre de Jansénius, ni de lui, ce qui rendait la censure du pape illusoire ; parce que comme la constitution porte que ce sont les opinions de Jansénius, si on demeure persuadé qu'elles n'en sont pas, la condamnation demeure sans fondement, la constitution inutile et la doctrine que le pape a proscrite [subsiste (?)ldans son entier ; qu'il était besoin de plus de déclarer que c'est dans le sens de Jansénius que ces propositions sont condamnées ; autrement que tout le venin de cette mauvaise doctrine reste, et qu'étant puisée du livre de cet auteur, si le sens auquel il la soutient demeure sans atteinte, on soutiendra toujours les mêmes erreurs sous d'autres termes que ceux des cinq propositions ; mais qu'après la déclaration du sens auquel elles sont mauvaises, il ne restera plus aucun doute sur ce sujet; qu'il était d'autant plus nécessaire de s'expliquer sur ce sens qu'il était connu de tout le monde qu'on avait voulu affaiblir la constitution et en éluder la force en disant que ces cinq propositions avaient plusieurs sens dont il y en avait un qui était catholique, et que celui-là même était le vrai et le naturel; qu'elles n'avaient été condamnées qu'en général, et qu'ainsi elles pouvaient toujours être soutenues dans le bon sens, et qu'on prétendait que c'était le sens de Jansénius, ce qui était entièrement ruiner la constitution, parce que comme le pape dit que les cinq propositions [condamnés (?)] sont cinq opinions de Jansénius, elles ne le sont point du tout, puisque dans un autre sens elles ne sont plus opinions de Jansénius, Que pour venir à une preuve exacte que les opinions sont de Jansénius et qu'elles sont condamnées dans son sens, il avait quatre raisons invincibles : la première se tire de la constitution du pape, qui Le dit en termes formels : Cum occasione impressionis, etc., inter alias ejus opiniones ; que ce mot d'opinions est la même chose que celui de propositions, comme il se voit par ces mots qui suivent : easdem propositiones ; et encore par ces autres : error vero earum propositionum hic est ; que les proposi-
lions condamnées sont celles qu'il rapporte aux opinions de Jansénius, et dont il dit après ces mots : Inter alias ejus (Jansenii) opiniones easdem propositiones ; et partant, qu'on ne peut sans démentir la constitution du pape s'empêcher de conclure que dans les sentiments de Sa Sainteté ces cinq propositions soient de Jansénius.
« La seconde preuve se tire de la lettre que quatre-vingts évêques ont écrite au pape pour lui demander son jugement sur ces cinq propositions, lesquelles ils attribuent à Jansénius, et qu'on ne peut contredire cette lettre sans leur faire injure.
« La troisième raison de ne douter pas que ces propositions ne soient dans Jansénius se prend de la lettre des prélats assemblés chez M, le cardinal Mazarin pour la réception de la constitution lorsqu'elle fut envoyée ou écrite à Sa Sainteté, dans laquelle ils disent que ces cinq propositions sont extraites de Jansénius.
« Que peut-être on alléguerait que le pape et les évêques pouvant errer dans le fait, ils se seraient effectivement trompés pour s'être fiés à la relation de quelques docteurs qui leur avaient présenté ces propositions comme tirées de Jansénius, mais qu'il ne pensait pas qu'on pût opposer ce raisonnement à la vérité du fait présent, sans faire injure au Saint-Siège et à tous les prélats dont il venait de parler; qu'il n'y avait nulle apparence que le pape, après un examen aussi exact que celui qu'il a fait faire, n'eût pas connu quelle est la doctrine de Jansénius si elles n'en étaient pas; que les évêques qui lui avaient écrit tant devant qu'après la constitution étaient de grands hommes, éclairés, prudents, et qui n'avaient pas agi sans connaître parfaitement ce qu'ils avaient fait ; et qu'ainsi l'autorité du Saint-Siège et de tant de grands hommes ne devait laisser aucun doute que les propositions ne fussent de Jansénius*.
« Qu'ils n'avaient pas estimé qu'après cela il fût besoin d'autre recherche pour convaincre tout esprit raisonnable de cette vérité. Néanmoins, pour ne laisser aucun sujet de soupçon et pour fermer la bouche à tout le monde, ils avaient .
1. Ici se trouve au ms. une note marginale qui n'a pas été transcrite à la copie : Le pape avait défendu aux docteurs députés pour saint Augustin déparier de Jansénius à cause de la bulle d' Urbain VllI, et jamais son livre n'a été examiné à Rome.
i^ôalu même examiner tout le livre de Jansénius*, et conférer les propositions condamnées avec celles qui y sont contenues. Sur quoi M. le cardinal l'interrompit et dit que cet examen se faisait sans nécessité, parce que la constitution parlant clairement devait servir de règle â tout le monde, et qu'il n'était plus permis de douter que les propositions fussent de Jansénius après que le pape l'a dit; que néanmoins puisque messieurs les commissaires avaient fait cet examen^ il était bon de l'écouter.
« M. d'Embrun, reprenant la parole, dit pour suivre la pensée de Son Éminence, qu'il était vrai que l'examen que MM. les commissaires avaient fait du livre de Jansénius était ex supera bundanti et Sàns nécessité, puisqu'il avait été fait avant que les évêques eussent écrit au pape et que Sa Sainteté eût fait sa constitution, mais aussi qu'ils ne l'avaient fait qu*afîn de rien omettre dans cette affaire et pour fermer la bouche à ceux qui semblaient encore douter de cette vérité ; que pour la preuve qu'on en tirait, il ne fallait que les yeux; que la seule lecture confondrait tous ceux qui soutiennent la doctrine de Jansénius. Qu'il y avait de quoi s'étonner qu'on révoquât en doute une chose si claire et si constante, et laquelle il allait seulement justifier en ouvrant le livre.
« Que les cinq propositions -se pouvaient trouver dans un livre en différentes façons; qu'elles y pouvaient être formellement, en sorte que les termes des propositions qu'on alléguait se trouvassent toutes semblables dans un livre ; ou bien d'une façon plus élevée, en sorte que n'y étant plus en termes formels, elles y fussent doctrinalement, éminemment, équivalemment, théologiquement '; et par conséquence, que des cinq propositions "condamnées, la première s*y trouvait formellement comme elle est conçue, dans ses termes précis et distincts, mais avec beaucoup plus d'énergie et de force selon sa signification comme dogme ou conclusion théologique, à la façon des quatre autres suivantes
1, Nouvelle note marginale du ms. non transcrite sur la copie : Un livre in-folio lu par six commissaires en neuf ou dix jours, quel examen! Encore le partagèrent-ils entre eux, et pas un ne le lui tout entier.
2. Note comme ci-dessus : Nouvelle façon de trouver dans un livre des propositions qui n'y sont pas.
qui véritablement n'y sont pas formellement, mais théologiquement et par conséquence.
« Que la première donc se trouve au livre De gratia Christi salvatoris, chap. 13, p. 138; et le texte commence par ces mots: Hsecigilur omnia, etc.
« En second lieu, au même livre 3, chap. 5, p. 113 : Credimus, etc., jusqu'à la fin du chapitre*.
« En troisième lieu, au chap. 19, du même livre, p. 136 : Nikil nunc celebrius in Augustino, etc.
« Que la seconde proposition se trouve au livre 3 : De gratia Christi salvatoris, chap. 1, en ces paroles : Tangitur natura adjutoril sufficientis.
« En second lieu, au livre De gratia Christi salvatoris, dans le titre du chap. 25: Ejus efficacissima natura declaratur.
« En troisième lieu, au chap. 27 du même livre, où le texte commence par ces paroles : Respondeo nihil vertus dici posse, etc.
« En dernier lieu, au chap. 23 du premier livre : De gratia Christi salvatoris ; chap. 38, le texte commence par ces paroles : Unanimiter docent; mais la preuve est encore plus au long aux chapitres 6, 7 et 9 du même livre.
« En second lieu au livre 4 : De statu naturœ lapsœ, chap. 25 : quœ solutio, etc. jusqu'à la fin du même chapitre.
« Que la quatrième proposition se trouve en ces deux points, et pour l'histoire et pour la doctrine au livre 1 : De gratia Christi salvatoris, chap. 1 : Gratia sufficiens est, etc.
« En second lieu, au 3« chapitre du même livre : Défendit quidem aliquando S. Aug., etc.
« En troisième lieu, au 2® livre, de Gratia Christi salvatoris chap. 23, et le texte commence : Prseter quant quod, etc.
« Que la 5*^ proposition se trouve au 3Mivre De gratia Christi salvatoris, ch. 25 en divers endroits de ce chapitre qu'il faut lire tout au long, sans compter plusieurs autres lieux ; qu'après ces textes qu'il venait d'alléguer, il n'y avait plus lieu de douter que les cinq propositions ne fussentde Jansénius, ou formellement, comme la première, ou doctrinalement comme les quatre autres : qu'elles n'y étaient pas seulement
1. Note comme ci-dessuâ : Ces citations sont assez brouillées, mais elles sont tirées mot pour mot de V original.
aux endroits qu'il avait allégués; mais qu'elles étaient répandues dant tout le livre, et qu'en un mot le principal dessein de M. d'Ypres tendant d'établir la grâce efficace avec exclusion de toute autre, il était aisé de conclure que les cinq propositions étaient sa doctrine. Car s'il n'y a point d'autre grâce que l'efficace; étant assuré d'une part que les commandements de Dieu ne se peuvent accomplir sans la grâce, et que d'ailleurs tous les hommes, même justes, ne l'ont pas toujours, il s'ensuit manifestement que les commandements sont quelquefois impossibles aux justes, quelques efforts qu'ils fassent d'eux-mêmes pour les accomplir. Et voilà le sens de la première proposition. S'il n'y a pas d'autre grâce que l'efficace qui a toujours son effet, il est aisé de conclure qu'on ne résiste jamais à la grâce. Et c'est la seconde proposition condamnée. Il est constant que n'y ayant point d'autre grâce que celle qui est efficace, qui emporte absolument le consentement de la volonté où elle se rencontre, la volonté n'est pas indifférente pour le bien auquel cette grâce est destinée; si elle manque, la concupiscence détermine la volonté, et ainsi elle ne se trouve jamais indifférente.
« Quant à la quatrième proposition, elle contient deux parties, dont l'une est historique, à laquelle il dit qu'il ne s'arrêtait pas ; mais quant au dogme il dit que, supposé qu'il n'y ait aucune grâce qui donne la volonté et la force d'agir sans lui donner nécessairement l'action, mais que toute grâce soit efficace par elle-même, on ne peut pas dire que la volonté y puisse résister ou lui obéir comme il lui plaît, et enfin que si toute grâce est efficace, que la grâce soit le fruit de la mort de J.-C, plusieurs manquant de cette grâce n'ont point de part à la mort de J.-C, et qu'ainsi J.-C. n'est pas mort pour tout le monde, qui est la cinquième proposition condamnée. Que cette grâce efficace étant donc établie dans tout le livre de Jansénius avec exclusion de toute autre grâce, et de cette doctrine étant clair qu'on en tire les cinq propositions, il faut conclure qu'elles sont condamnées au sens de Jansénius, comme il est connu par les propres termes de la constitution. Et partant il n'y avait plus à douter que les propositions ne fussent de Jansénius et condamnées dans son sens, et qu'il était nécessaire de le déclarer, tant dans la lettre qui serait écrite au pape que dans celle qu'on écrirait aux évêques du royaume de France.
« Qu'après avoir établi par de si puissantes raisons la nécessité de cette déclaration, il ne lui restait plus qu'à détruire ce qu'on pouvait alléguer au contraire, dont il ne lui serait pas difficile de faire connaître la faiblesse.
« Qu'on pouvait opposer que le pape ayant parlé, il n'était pas besoin de parler plus distinctement; mais qu'on en reconnaissait la nécessité par le trouble qui était arrivé sur la différente interprétation qu'on avait donnée à la constitution.
« Que l'on dirait que la doctrine de saint Augustin serait blessée par la condamnation de celle de Jansénius, qui fait profession de ne rien avancer de lui-même et d'exposer simplement les sentiments de ce Père j mais qu'il était aisé de répondre à cela en disant que cet auteur n'est pas si nuement attaché à saint Augustin qu'il n'y mette quelque chose de son raisonnement et ne tire des conséquences qui ne se trouvent pas dans ce docteur de l'Église, pe sorte que si la constitution du pape condamne quelque chose dans Jansénius, ce n'est pas ce qui est de saint Augustin, mais ce qui est de particulier à cet auteur qui explique sa doctrine.
« Que l'on opposerait peut-être queJansénius est n^ort dans la communion de TÉglise ; qu'il a soumis son livre et sa doctrine au Saint-Siège ; qu'il était évêque, et que toutes ces considérations devaient obliger les évêques à épargner sa mémoire. Mais qu'il répondait que le sentiment de MM, les commissaires n'était pas de flétrir [le] nom ni la mémoire de M. d'Ypres; qu'ils l'avaient considéré comme un saint prélat et un savant docteur ; qu'ils estimaient que s'il était vivant, il n'aurait non plus de peine à condamner ce que le Saint Siège a désapprouvé dans son livre qu'il n'eu avait eu à le lui soumettre ; et qu'ils croyaient entrer dans son sentiment en retrajichapt ce (jui y .est de mauvais, et qu'enfin l'^erreur n'est p.^ ce jqui fait condamner un homme, ni ce qui peut nuire à sa réputation et le faire passer pour hérétique, mais l'opiniâtreté dans l'erreur ; que ce serait tionorer cruellement un auteur de vouloir, pour épargner son ouvrage, infecter des mauvaises opinions qui y sont contenues tous ceux qui le liraient, et le rendre aipsi malgré lui auteur d'upe secte d'héréli(jues, e.t faire subsister l'erreur parce qu'il ne peut plus la corriger lui-même ;