‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 28 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

voir avec toute TÉglise comme celui du Souverain Pontife de J.-C; faire cesser tous les excès de paroles et d'effet, tant en particulier qu'en public, dans les chaires et dans les écoles ; ne point agir par voie extraordinaire qui intéressât la charité, mais en cas de quelque grief ou de plainte, s'adresser aux supérieurs pour y pourvoir et éviter les bruits et scandales qui naissaient dans le peuple par ces divisions ; enfin se rendre mutuellement toute assistance et bons offices qui se pouvaient sincèrement et selon Dieu, afin que vivant dans une sainte et religieuse union et intelligence, Dieu fût glorifié par leur saint ministère, l'Église servie, le prochain édifié, et qu'ils fussent dignes d'accomplir cette prière de Jésus à Dieu son Père : Pater, ipsi in nobis unum sint, sicvt et nos unumsumus. Que c'était ce qu'il faisait par la présente, suppliant le Père des miséricordes : ut dirigat corda vestra in charitate Dei et patientia Christi; que la charité de Dieu les portât à rendre tous les devoirs de respect et d'amitié aux Révérends Pères Jésuites et à prévenir ceux de leur ville par une visite, leur témoigner ses dispositions et ses désirs sur tout ce que dessus, et leur offrir les prières et les services de la congrégation ; et que la patience de J.-C. les fît vivre en son humilité, douceur et modestie, par laquelle l'Apôtre les conjurait : per modestiam et mansuetudinem Christi.

L'éloignement du P. de Gondy, qui avait beaucoup de crédit dans sa congrégation, et la disgrâce de sa famille ne contribuèrent pas peu à cet accommodement, qui n'était nullement sincère de la part des Jésuites, et qui fut d'une très pernicieuse conséquence, non seulement à l'égard des prêtres de l'Oratoire mais pour tous les disciples de saint Augustin, par l'exemple que cette conduite donnait à toute la cour d'exiger d'eux de semblables précautions.

La facilité du P. Senault *, qui avait naturellement l'esprit fort doux, le fit tomber dans le piège par la fausse persuasion qu'il eut que les Jésuites y agissaient de bonne foi. On publia que l'espérance d'une mitre l'avait rendu prévaricateur au préjudice de la vérité, de la justice et de la liberté de ses frères; mais le refus qu'il fit longtemps après d'un évêché auquel il avait été nommé fut sa justification.

1. Jean François Senault (1601-1671), prédicateur célèbre, auteur de nombreux ouvrages, et général de l'ordre en 1662.

Les plus éclairés de la congrégation de TOratoire, et qui pénétraient plus avant dans la conduite des Jésuites, ne voulurent point prendre de part à cette alliance trompeuse, et prédirent sagement tout ce qui en arriva. Et en effet le P. Paulin et le P. Séguin, ayant médité pendant tout le dîner qu'on leur donnait à TOratoire la mort de leurs frères, ne furent pas plutôt levés de table qu'ils allèrent chez la reine pour les déshonorer et les décrier par une fausse relation de ce qui venait de se passer dans cet accommodement. Peu de temps après, tous les Jésuites des trois maisons de Paris écrivirent par tout le royaume que les Pères de l'Oratoire étaient entrés dans leurs sentiments et les avaient reconnus pour arbitres de la doctrine ; ce qui parut si indigne et si peu supportable, non seulement à des prêtres et à des religieux, mais à des personnes qui auraient eu quelque soin de leur honneur, que quand on eut reçu d'Angers un extrait de la lettre scandaleuse que le P. Séguin, professeur en théologie, avait écrite sur le sujet de cette union à son frère l'abbé qui était alors à La Flèche, M. Séguin *, premier médecin delà Reine, et présentement abbé de Lannoy, en fut si touché qu'il dit au P. Senault, qui se plaignait à lui d'une manière d'agir si surprenante, que son frère était un fou s'il avait écrit cette lettre.

M. Courtot, qui avait été exclu de l'Oratoire pour la doctrine de saint Augustin, fît imprimer une Remontrance chrétienne aux RR. PP. de rOratoire de la maison de Paris, sur leur prétendue réconciliation touchant la doctrine avec les Jésuites. Mais il aurait été à souhaiter qu'une meilleure plume que la sienne se fût exercée sur ce sujet, et qu il eût eu assez de prudence pour ne pas faire dans cet écrit une liste de tous ceux de l'Oratoire qu'il croyait être disciples de saint Augustin, ce qui par le malheur du temps pouvait les rendre ou suspects ou inutiles à leur congrégation, et les exposer à la fureur des Jésuites.

Mais la lettre circulaire que le P. Annat écrivit à son tour à chaque recteur des collèges de sa compagnie fît porter à ceux de l'Oratoire la peine très juste et très prompte de leur excessive crédulité. Car ce provincial des Jésuites man-

1. Claude Séguin, professeur royal de chirurgie et 1°' médecin de la reine en 1641. — V. les Lettres de fiui Patin, édition Réveillé-Parise.

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