LIVRE XI
que la mémoire de saint Gyprien n'était pas moins en bénédiction quoiqu'il eût soutenu une opinion qui depuis a été condamnée comme une hérésie. Et [il] finit par un grand passage de saint Vincent de Lérins qui, parlant des Donatistes qui soutenaient après le même saint Gyprien que le baptême des hérétiques ne valait rien, dit que ce n'est pas les maîtres, mais les disciples qui sont condamnables, etc. Qu'ils estimaient Janséoius, mais qu'ils blâmaient ceux qui voulaient avec opiniâtreté maintenir ce que le Saint-Siège avait condamné dans son livre.
« Après le rapport de M. d'Embrun, M. le cardinal demanda si MM. les commissaires n'avaient rien à ajouter, et M. l'archevêque de Rouen prenant la parole dit que M. d'Embrun avait si exactement rapporté les sentiments de MM. les commissaires, et déduit la chose avec tant de netteté, d'éloquence et de doctrine, qu'il n'avait qu'à lui rendre de très humbles actions de grâces, et qu'il ne pouvait rien dire sur le sujet présent, sinon qu'il fallait ne pas connaître ni le corps ni Tesprit de Jansénius pour n'être pas persuadé que les cinq propositions sont de lui et condamnées par le pape dans son propre sens, et cita quelques autres endroitsdu livre de M. d'Ypres pour le prouver.
« M. de Toulouse dit qu'un desconsulteurs n'allait jamais en congrégation lorsque l'on examinait ces propositions devant le pape sans porter avec lui le livre de Jansénius, et qu'ainsi il ne fallait pas douter qu'il n'eût été très sérieusement examiné en trente-six congrégations durant l'espace de dix-huit mois; qu'il ne voulait pas entrer dans le fond de la doctrine, qui avait été suffisamment éclaircie par M. l'archevêque d'Embrun; qu'il s'était précisément arrêté à la constitution, des termes de laquelle on tirait clairement la pensée de Sa Sainteté, et qu'il n'y avait aucun lieu de douter que lorsque le pape juge sur des faits qui lui sont proposés, il ne s'engage pas dans la vérité des faits, mais il les suppose et fait droit sur la proposition en cas qu'elle soit véritable ; et que cette clause est toujours exprimée ou sous-entendue : si preees veritate nitentur. Mais que cette objection ne pouvait avoir lieu que quand les choses n'ont pas bien été examinées, ce qui ne se peut dire en l'aff'aire préseûte, après tant de congrégatious et de coiifére«ces qui se sont faites par ordre de Sa ^Sainteté pour l'examen des
propositions condamnées, n'y ayant aucune apparence qu'on les ait discutées sans avoir conféré les endroits de Jansénius auxquels elles avaient rapport, et qu'ainsi il concluait à ce qui avait été dit par M. d'Embrun.
« M. d'Autun, prenant la parole, dit qu'il interpellait M. d'Embrun qui avait fait le rapport de déclarer si la résolution qu'il venait de dire être de MM. les commissaires avait été prise tout d'une voix dans leurs conférences, ou si elle avait passé seulement à la pluralité. M. d'Embrun prit feu à ce mot d'interpeller, disant [quej puisque M. d'Autun l'attaquait, il fallait qu'il se défendît et justifiât ce qu'il avait rapporté, que véritablement lui, M. d'Autun, n'avait pas été de même sentiment que les autres; mais que sept ayant été d'une même voix, et n'y ayant que lui seul de contraire, il avait pu dire que c'était le sentiment des commissaires. Sur quoi M. d'Autun répondit avec beaucoup de vigueur et de modestie qu'il était satisfait, puisque la compagnie voyait qu'il n'avait pas été du sentiment des autres, et que quoiqu'il eût beaucoup de respect pour eux, néanmoins, s'agissant d'une affaire de conscience, il s'était trouvé obligé de parler selon ses lumières, et de n'agir ni par complaisance ni par faiblesse contre le mouvement que Dieu lui donnait ; qu'il persistait donc dans les mêmes sentiments qu'il avait portés dans les conférences particulières, qui étaient de témoigner au pape une entière soumission à sa constitution, et de ne point soutenir les propositions sous prétexte d'aucune explication, mais de ne se point embarrassera dire plus que le pape.
« M. deMontauban parla ensuite, et dit qu'il estimait être d'une nécessité absolue de déclarer en quel sens les propositions étaient condamnées, qu'il ne prétendait pas que cela fît tort à saint Augustin ni à M. d'Ypres ; que les propositions ne sont en aucun endroit dans saint Augustin, et qu'ainsi il ne fallait pas craindre qu'on donnât aucune atteinte à sa doctrine ; qu'on ne disait rien aussi contre la personne de M, d'Ypres, quoiqu'on déclarât sa doctrine condamnée, ce qu'il ferait lui-même s'il était en vie, après la soumission qu'il a rendue au Saint-Siège; que l'on pouvait néanmoins sans injustice flétrir sa mémoire pour s'être emporté à eondamner la doctrine de toutes les églises catholiques, ayant non seulement écrit