LIVRE XI
contre celle des Jésuites, mais encore contre celle des Thomistes, et qu'enfin il a proscrit tout ce qui s'enseignait dans l'Église depuis cinq ou six cents ans, ce qui est un renversement et un trouble prodigieux. Que néanmoins, pour le respect de son caractère, il fallait l'épargner, outre que ses intentions pouvaient être bonnes, quoique les moyens de les faire réussir ne valussent rien. Il ajouta que c'était une objection frivole de dire que le pape n'eût pas examiné si les cinq propositions sont de Jansénius, parce qu'il savait qu'on en avait envoyé douze volumes à Rome pour examiner la chose; enfin il conclut à l'avis des autres commissaires rapporté par M. d'Embrun.
« M. de Rennes dit qu'il était absolument nécessaire de déclarer que les cinq propositions étaient condamnées au sens de Jansénius, tant pour les raisons déjà alléguées, auxquelles on ne pouvait rien ajouter, que parce qu'autrement on tomberait dans l'inconvénient où l'Église est tombée en condamnant les autres hérésies ; les hérétiques apparemment acquiesçant à la définition de l'Église, et par des explications ensuite retournant à leurs premières erreurs; qu'il ne voyait personne qui ne témoignât vouloir entièrement se soumettre à la constitution ; mais que chacun y donnait un tel sens qu'il demeurait dans sa première doctrine sans que le décret de Rome eût rien opéré; que Pelage acquiesça en apparence aux définitions du concile de Diospolis et fit une confession de foi qui paraissait toute catholique, et qui ne l'empêcha pas néanmoins de soutenir après son hérésie en donnant un sens à cette confession qui le faisait retomber dans son premier sentiment. Qu'il en était de même en cette occasion. Les jansénistes disent qu'ils renoncent à ces propositions, mais que c'est en un sens, et que néanmoins ce sens auquel ils ne renoncent pas est celui que Sa Sainteté a condamné. Car comme il paraît que ce sont les opinions de Jansénius qu'elle a proscrites, et que le sens qu'ils sotiennent est celui de Jansénius, il est manifeste qu'ils n'acquiescent nullement à la censure du pape ; que Nestorius et Entichés en faisaient de même de leur temps; le premier avouait bien que J.-G. était fils de Dieu, mais dans l'explication il retombait dans son erreur en disant que c'était une filiation d'adoption ; que le Père et le Fils étaient la même chose Ego et Pater unum sumus ; mais que c'était à raison
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de la soumission de la volonté de J.-C. à celle de Dieu, etc. Que le second avouait bien cette vérité, mais en même temps il confondait les natures, etc. Et qu'il en étant de môme en toutes les hérésies, lesquelles n'étant [pas] bien nettement expliquées, laissaient toujours lieu à de nouvelles cavillations. Qu'il était donc important de déterminer le sens auquel ces propositions sont condamnées, et que comme il n'y avait rien de plus clair que le sens de Jansénius, on ne pouvait aussi rien dire de plus précis ni de plus utile ; qu'après cela personne n^oserait plus soutenir la doctrine de cet auteur, que la paix serait partout, et que l'Église se verrait tout d'un coup dans le calme. Qu'il ne lui restait plus après cela qu'à répondre à quelques inconvénients assez peu considérables. Qu'on pouvait alléguer que la constitution suffit, et que d'y ajouter ou interpréter ce que le pape nous avait déjà envoyé semble n'être pas du respect qui est dû à Sa Sainteté; mais que cela n'était pas sans exemple, et que le pape saint Léon 1er envoya une lettre au concile de Chalcédoine qui y fut examinée, et il ne crut pas que l'on manquât au respect qui est dû au Saint-Siège. Que ce qu'on fait présentement était moindre, puisqu'on n'examinait pas si la constitution était recevable ; mais qu'on examinait seulement quel est le sens du pape, afin d'ôter tous les obstacles qu'on voudrait apporter à l'obéissance qui lui est due ; qu'on opposerait peut-être que le pape avait erré dans le fait et avait condamné ces propositions les croyant de Jansénius sur la foi d'autrui ; mais qu'outre les raisons déjà alléguées pour détruire cette objection, il avait à dire que nous ne devions pas entrer en aucun doute là-dessus; que c'était offenser le pape. Que lorsque le pape Melchiadès jugea l'affaire deCécilien et de Félix d'Aphtonge, lesDonatistes se plaignant de la fausseté des actes sur lesquels cette affaire avait été jugée, saint Augustin marque dans l'Epître 163 .qu'ils avaient tort, et qu'après que le pape avait parlé, il n'y avait plus aucune raison de révoquer en doute, quoique néanmoins ce fût un fait. Et partant, ne voyant rien qui n'établît fortement la conclusion de MM. les commissaires, il y persistait.
« M. de Chartres dit qu'il s'étonnait qu'il y eût quelque difficulté dans l'affaire présente; qu'il fallait bien que ce fût à dessein qu'on en formât; que toutes les autres bulles