‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 291 sur 510 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Contestation de M. Joly, curé de Saint-Nicolas-des-Charaps, et depuis évêque d'Agen, avec le père d'Anjou, jésuite.

Il n'y avait pas longtemps que M. Joly ', célèbre prédicateur qui depuis est devenu évêque d'Agen, avait traité de la cure de Saint-Nicolas-des-Champs avec M. Obry, son prédécesseur immédiat dans les fonctions de ce ministère. Les Jésuites, avec lesquels ce M. Obry avait assez de liaison

1. Claude Joly (1610-1678), curé de Saint-Nicolas des Champs, devint évêque de Saiut-Pol de Léon en Bretagne, puis évoque d'Agen. Il est auteur de quelques ouvrages, mais doit surtout sa réputation à son talent oratoire. Ses prônes ont été plusieurs fois réimprimés et ils le méritaient.

avaient fait tous leurs efforts pour le porter à jeter les yeux sur quelque personne de leur parti, dès qu'ils avaient reconnu qu'il voulait se décharger d'un aussi pesant fardeau qu'était la conduite d'une paroisse si nombreuse. Mais soit qu'il ne voulût pas suivre leur inclination en ce point, soit qu'il ne trouvât point avec eux, ni avec aucun de leurs partisans toutes les sûretés qu'il exigeait pour traiter en leur faveur, il préféra M. Joly à tous ceux qu'on lui présentait. C'était un homme qui prêchait l'Évangile avec beaucoup de feu et de véhémence, et qui, après avoir paru dans quelques missions du Languedoc, s'était venu établir dans l'hôpital des Incurables, et avait acquis tant d'estime que M. de Berzion ', fils de M. de Grave, président aux Enquêtes de Paris, lui avait résigné la trésorerie de l'église de Beauvais d(»nt il était revêtu, sans avoir jamais parlé à lui, et sans le connaître que par l'applaudissement des peuples. Il avait été présenté à M, Obry pour la cure de Saint-Nicolas-des- Ghamps par les personnes les plus considérables de la paroisse, comme un homme qui leur était très uni et avec lequel ils s'assuraient de vivre dans une parfaite intelligence, de sorte que M. Obry traita secrètement avec lui sans la participation des Jésuites, et conclut cette affaire de son chef avec autant de facilité qu'il eut ensuite de regret de l'avoir conclue, jusqu'à en venir à une révocation publique qui ne lui réussit pas, et dont il ne recueillit pas d'autre fruit que l'embarras d'une longue, inutile et funeste contestation.

Les Jésuites, qui s'aperçurent de la mauvaise impression qu'il avait prise d'abord de M. Joly, s'en servirent pour le décrier davantage dans son esprit, et pour lui faire entreprendre la poursuite de la cassation de son concordat et de son rétablissement dans sa cure. Car quoique ce célèbre prédicateur ne fût pas en réputation d'être du nombre des disciples de saint Augustin, et qu'il eût fait voir en plusieurs rencontres qu'il leur était fort opposé, néanmoins l'estime qu'il avait acquise par ses sermons, et l'expérience qu'ils avaient qu'il attirait lui seul plus d'auditeurs à ses prônes que tous leurs prédicateurs ensemble n'en assemblaient aux plus grandes fêtes [firent qu'Jil leur devint si insupportable, qu'ils se firent un mérite de fomenter cette querelle

i. Ou Berziau.

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