LIVRE XI
expressions qu'il pourrait mettre en usage pour cet effet. Il le fit, et ne prit pas garde qu'il se faisait une nouvelle affaire en protestant solennellement dans un de ses prônes qu'il n'était pas janséniste, qu'il aurait mieux aimé qu'on lui eût rompu les bras et les jambes que de l'être effectivement, et qu'il ne les avait jamais épargnés quand l'occasion s'en était présentée, comme la plupart des personnes de considération qui étaient contraires aux jansénistes étaient venues l'en congratuler après ses prédications. On lui avait donné un mauvais conseil, et il eut tout sujet de s'en repentir, car il y eut un très grand nombre de gens de bien qui furent sensiblement touchés de cette déclaration, et qui, pour s'en éclaircir avec lui selon les règles de la charité et de la justice, lui reprochèrent qu'il n'avait pu sans blesser la vérité attribuer le titre odieux d'un parti et d'une secte imaginaire à des gens de bien qui ne l'avaient jamais offensé, et qui avaient une horreur extrême de toutes sortes de sectes et de factions. Il se contenta de leur repartir qu'il n'entendait par jansénistes que ceux qui étaient les défenseurs des cinq propositions et contraires à la bulle, quels qu'ils puissent être; que son ministère, qui était décrié dans sa paroisse par les Jésuites et par son prédicateur, Pavait obligé de parler ainsi, et qu'il ne l'avait fait que par le conseil des plus illustres magistrats, ses meilleurs amis, qui avaient jugé qu'il fallait pour une bonne fois qu'il effaçât de son front cette note si vilaine. La chose lui réussit fort mal ; il se chargea en voulant se justifier, et on l'accusa d'avoir commis une véritable injustice sous prétexte de faire cesser le soupçon de son engagement prétendu dans une secte imaginaire*.