‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 295 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

^pour cet effet et qu'il demandait au chapitre qu'on le mit incessamment en cette possession. M. le doyen y fit de la difficulté, et remontra qu'il ne fallait nullement se précipiter dans cette affaire à cause de la conséquence, et qu'il était nécessaire d'en donner avis au roi afin d'apprendre sa volonté. Quelques-uns des chanoines appuyèrent cet avis, mais le plus grand nombre les emporta et fît conclure que ce procureur serait mis à l'heure même en possession, sans aucun délai, en la manière qu'on avait accoutumé d*y mettre les archevêques. Et à l'heure même ils partirent pour exécuter cette conclusion, sans que personne s'y opposât et qu'on y apportât de la résistance.

Cette exécution s'étant faite avec toute la solennité requise, lesportes ouvertes eten présence du peuple qui était accouru en foule à cette prise de possession, ce procureur alla dans la chambre de Tofficialité, où ayant fait ouvrir Taudience, il fît rendre trois ou quatre sentences à des particuliers qui y plaidaient, au nom de M. le cardinal de Retz. Et quoique le bruit de ce qui se passait avec tant d*éclat dans cette prise de possession se répandît de toutes parts, néanmoins personne ne se présenta pour en empêcher l'effet ou pour le retarder, de sorte que la chose s'exécuta avec le consentement de tout le monde, et nul ne réclama contre. M. Le Tellier, qui y était accouru dès qu'il eut apprit cette nouvelle, y arriva un moment après que cette cérémonie fut achevée, mais n'y ayant plus rien à faire pour lui, il se contenta d'en témoigner sa surprise et de dire que la chose ne serait pas agréable au roi.

Ensuite les chanoines députèrent dans leur assemblée capitulaire quatre d'entre eux pour aller supplier M. le chancelier de leur procurer de Sa Majesté l'audience qu'ils lui demandaient dans le dessein de lui faire de très humbles et très respectueuses instances au nom du chapitre de leur accorder la délivrance de M. le cardinal de Retz leur archevêque. La grâce qu'ils demandaient d'être entendus leur ayant été accordée, ils furent admis à cette audience sur le soir de cette journée même. Mais après toutes leurs instances, le roi demeura ferme à leur refuser reff*et de leur supplication, et non seulement il les renvoya avec un refus absolu, mais môme quelques jours après, Sa Majesté donna en son conseil un arrêt contre cette prise de possession, et ordonna

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que le chapitre aurait la dispensation du spirituel de l'archevêché. Mais le chapitre déclara qu'il ne devait pas se soumettre à l'exécution de cet arrêt, et refusa l'administration dont on le voulait charger. 11 y eut même assez de vigueur dans les vicaires généraux de M. le cardinal de Retz pour ordonner des prières publiques en sa faveur dans toutes les paroisses de Paris dès le lendemain de cette audience du chapitre, ce qui n'irrita pas moins la cour que la prise de la possession.

Cependant on fit dans le monde de très grandes plaintes contre toute cette procédure, et non seulement on la blâma, mais on l'imputa même à un effet de cabale, et comme on faisait entrer le fantôme du jansénisme dans toutes les affaires odieuses, on se servit de cette fâcheuse conjoncture pour charger les prétendus jansénistes de la haine de tout ce qui s'était passé dans cette révolution, et pour les accuser d'être des esprits inquiets et remuants dont la cabale s'étendait sur toutes choses, Mais il n'y avait rien de plus injuste que de leur imputer tous les mauvais succès de la cour dans cette affaire, puisqu'une heure de temps de diligence aurait rompu tout ce coup, et que l'on pouvait l'empêcher en tenant quelqu'un sur les avenues. On savait de plus, et cela était de notoriété publique, que dans tout le chapitre de Paris il n'y avait au plus que deux ou trois disciples de saint Augustin, dont le plus zélé était absent en ce temps-là, et nul d'entre eux n'avait l'esprit de cabale ni rien d'approchant. Les vicaires généraux étaient déclarés depuis longtemps contre tout ce que l'on appelait jansénisme^ et ils étaient fort persuadés que la jonction avec les personnes de ce parti prétendu était capable de détruire toute l'affaire qu'ils avaient à soutenir, outre qu'ils étaient assez puissants dans le chapitre pour faire valoir par euxmêmes le ministère qui leur avait été confié, sans y employer un secours aussi faible et aussi ruineux que celui-là. Aussi on peut dire que cette délibération se fit par une conspiration presque générale de tous les chanoines avec les vicaires généraux de leur nouvel archevêque détenu dans les liens, et qu'ils ne consultèrent eu cela que les règles de la conscience et de l'équité.

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