‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 30 sur 510 · Le même, c'est-à-dire la même chose, archaïsme · texte numérisé non relu

Le même, c'est-à-dire la même chose, archaïsme

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à la vérité indifférentes, et qu'en ces controverses indifférentes chacun pouvait prendre tel parti qu'il lui plaisait; mais qu'il fallait que ce fût dans les bornes qui sont prescrites par les papes, qui ne veulent pas qu'un condamne la doctrine de l'autre; et encore fallait-il se tenir aux principes desquels les Jésuites avaient toujours été d'accord avec les thomistes : si les commandements de Dieu sont possibles à ceux qui les violent ; s'il y a une grâce suffisante ; si la liberté qui est nécessaire au mérite et au démérite consiste à pouvoir faire ou ne faire pas l'action qui est méritoire ou déméritoire; si Notre-Seigneura eu quelque volonté de sauver les réprouvés; que toutes ces maximes avaient toujours été de part et d'autre comme résolues et hors de doute. Que le Révérend Père Senault ne s'était pas montré de contraire sentiment; qu'il lui avait même avoué que dès la naissance^des diverses controverses, voyant la Statera de Jansénius, il n'avait point approuvé la liberté que cet auteur se donnait de condamner la doctrine qui était contraire à la sienne. Que c'était là tout ce qui s'était passé en ce premier entretien; qu'ensuite il alla visiter le Révérend Père général de l'Oratoire ; qu'il vint aussi réciproquement chez eux en leur maison de Saint-Louis; qu'il les invita à leur communauté et eut la bonté de venir aussi à celle des Jésuites ; que dans toutes les conférences qu'ils eurent à cette occasion, le Révérend Père général et le Révérend Père Senault témoignèrent toujours n'être point dans les sentiments de Jansénius et ne voulurent point justifier autrement quelques-uns de leurs congrégation qui en étaient soupçonnés qu'en niant qu'ils suivissent cette doctrine.

Qu'il ajouterait une chose qu'il dit au Révérend Père général en la dernière conversation qu'ils eurent étant dans la congrégation de Notre Dame à Saint- Louis, sur ce que le P. Bourgoing lui disait qu'il n'appartient point à des théologiens particuliers de décider les controverses et condamner d'hérésie ou d'erreur ceux qui suivent d'autres opinions, il lui avait répondu qu'outre la première manière de décider, qui se fait juridiquement et par voie d'autorité avec pouvoir d'obliger les autres à consentir, il y en avait une deuxième qui consistait en un simple jugement par lequel un théologien connaissant que quelque doctrine est opposée, ou aux décisions déjà faites, ou au commun sentiment de

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]'Église,la juge ou hérétique ou erronée ou téméraire, sans ôter la liberté de soutenir le contraire à ceux qui pensent le pouvoir faire, et que tout théologien était capable de ce jugement dont nous avions un exemple de quatre cents ans en saint Thomas, qui condamne d'hérésie la troisième des cinq propositions qu'on examinait à Rome dans le temps qu'on écrivait cette lettre.

Que de tout ce narré qui était, disait-il, sincère et véritable, il désirait que leur Révérence recueiUît trois choses : la première, qu'ils n'étaient point demeurés d'accord de laisser à chacun la liberté de ses sentiments sur les questions du temps, sinon en tant qu'ils ne tombaient point dans les sentiments de Jansénius sur lesquels ils ne pouvaient faire composition, ni s'accommoder avec personne qui ne se fût premièrement accommodé avec l'Église qui les avait condamnés.

La seconde, qu'ils n'avaient point aussi convenu de ne point décider ces mêmes questions par un simple jugement de doctrine et par l'application des décisions déjà faites à la doctrine qui leur est notoirement contraire, auquel sens il n'était ni injurieux ni contre l'exemple de saint Thomas de l'appeler hérétique ou erronée, etc.

La troisième, qu'encore qu'on pût passer* de la sorte d'une doctrine contraire aux décisions de l'Église, il ne fallait pas néanmoins outrager ceux qui la suivaient ni faire aucune chose qui fût contre la charité chrétienne et le respect que méritait leur profession, tandis qu'ils demeuraient dans la communion de l'Église, avec préparation de se soumettre à ce qu'en ordonnerait le vicaire de J.-C, qui est le juge des controverses.

Que c'était de quoi il lui avait semblé nécessaire de donner avis à la Révérence de chaque recteur, afin qu'elle le communiquât à leurs Pères, et qu'elle procurât que dans ces termes tous ceux de leur collège s'efforçassent de témoigner et de paroles et par effets, en toutes sortes d'occasions, une vraie et cordiale affection aux Révérends Pères de l'Oratoire, sans rien souffrir qui leur fût contraire. »

Les prêtres de l'Oratoire étaient bien payés par cette lettre circulaire du P. Annat de leur nouvelle confédération avec

1. Il y a bien passer au m». Sans doute il faut lire : penser, ou mieux encore parler.

les Jésuites qui leur imposaient avec une extrême confiance et leur donnaient des démentis en forme dansle temps même qu'ils paraissaient leur concilier l'affection de leur compagnie, quoique tout Paris et toute la France sussent fort bien de quelle manière leurs Pères Catillon *, Maimbourg, La Barre, avaient traité le P. Des Mares, ne pouvant souffrir ni la solidité de sa doctrine ni l'éclat de sa réputation ; quoique le P. Le Boult*, qui était alors un très fameux prédicateur, leur fût devenu insupportable par les applaudissements qu'il recevait; quoique personne n'ignorât qu'ils avaient surpris par leurs artifices l'esprit de M. de la Vrillière en arrachant de ses mains des lettres de cachet pour intimider à Gaen le Père de Folleville qui y enseignait la théologie avec beaucoup de réputation; quoiqu'un de ces Pères ayant fait à Chambéry un furieux sermon contre les prêtres de rOratoire,que M.l'évêque de Genève et le Parlement eussent suffisamment réprimé l'insolence de ce discours déréglé, et que les Jésuites, pour en faire satisfaction au Père général de l'Oratoire, lui eussent dit entre autres choses que ce jésuite avait une tête et un esprit dont ils ne répondaient pas, et qu'il leur avait fait souvent de semblables équipées; néanmoins le P. Annat se flattait de la pensée qu'on l'en croirait sur sa bonne foi quand il dirait qu'il ne reconnaissait ni en lui ni aux autres de sa compagnie aucune sorte d'aigreur ou de mauvaise affection à l égard de l'Oratoire,

La manière dont il traitait le Père général de l'Oratoire et le P. Senaultdans cette lettre était tout à fait outrageuse, en les faisant parler comme de véritables Jésuites. Cependant ils n'avaient ni l'un ni Pautre entièrement [oublié] la leçon que le P. de Condren, leur prédécesseur dans cette charge, leur avait donnée, et le discours qu'il avait souvent tenu en présence de M. de Chavigny et du P. deSaint-Pé*, savoir : qu'il fallait étudier les maximes et la conduite des Jésuites pour en prendre lecontrepied et agir d'une manière toute différente de la leur.

1. Il s'agit évidemment du P. Gastilloa (1599-1671) qui fut l'adversaire du P. Des Mares, et fut même interdit par l'archevêque de Paris.

2. Guillaume Le Boux (1621-1693), célèbre prédicateur de l'Oratoire fut nommé en 1658, évêque d'Acqs, puis devint évèque de Périgueux où il mourut.

3. François de Saint-Pé (1596-1678), entra à l'Oratoire après avoir porté les armes.

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Ce qu^il disait de saint Thomas comme ayant condamné par avance la troisième proposition avait été si solidement réfuté par des écrits imprimés du P. Parisot, supérieur des prêtres de l'Oratoire de Dijon, contre le P. Mathieu, jésuite, qu'il fallait n'avoir pas de front pour alléguer encore ce passage en adressant une lettre circulaire à ses confrères. Mais la maxime qu'il tâchait d'établir pour donner à chaque théologien particulier la liberté de juger des différends de l'Église ne servait qu'à autoriser Tinsolence de ceux qui, s'étantpersuadés à eux-mêmes que la doctrine de Molina était celle qui devait servir de règle, croyaient sur ce faux principe pouvoir impunément causer du tumulte et exciter des séditions dans les chaires, en condamnant comme ils faisaient tous les jours les disciples de saint Augustin avant la décision du Saint Siège.

Voilà quels furent les fruits de cette première alliance ; il était juste que le P. Annat payât le P. Bourgoing en calomnies et en insultes, qui est la monnaie la plus ordinaire dont les Jésuites reconnaissent la facilité de ceux qu'ils ont affaiblis ; et on peut dire que la rupture de cette muraille fut comme une brèche qui fit entrer Molina comme en triomphe dans l'Oratoire, quoiqu'il s'y soit trouvé des particuliers qui ont tenu ferme pour se retrancher par la défense des anciens et des sincères sentiments de leur congrégation.

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