CHAPITRE XIX
Intrigues pour empêcher la condamnation de la continuation de là Chronique d'Angoulême par dom Pierre de Saint-Romuald, feuillant. M. l'archevêque de Paris la censure.
Le P. dom Pierre de Saint-Romuald, natif d'Angoulême^ avait fait imprimer l'année précédente la continuation de la Chronique du Moine (VAngoulême depuis l'année 1032 jusqu'à l'année 1652. C'était un misérable ouvrage qui violait les règles de la grammaire par des barbarismes et des solécismes très fréquents; celles du bon sens par des extravagances et des contradictions, et celles de la charité et de la justice par des injures et des invectives contre les vivants et les morts.
50 MÉMOIRES DE GODEFROÎ UERMAiNÏ
Dans l'assemblée de la Faculté de théologie de Paris qui se tint au mois de février de cette année 1653, M. Pignay se mit en état de proposer l'examen de ce malheureux libelle dont il parla avec larmes comme d'un ouvrage également injurieux aux vivants et aux morts, qui ne pardonnait à aucun caractère, pour saint et sacré qu'il pût être, et qui changeait une histoire en une satire scandaleuse. Mais dès qu'il ouvrit la bouche pour se rendre dénonciateur contre ce libelle, M. Grandin, syndic de la Faculté et censeur des livres, la lui étouffa de tout son pouvoir, en l'empêchant par l'autorité que sa charge de syndic lui donnait dans la compagnie de faire lecture des endroits les plus odieux, contre l'ordre et l'usage de la Faculté, qui permet à quelque docteur que ce soit de déférer un livre et de demander des députés pour le lire. Mais M. Grandin n'en demeura pas là, car après que, par Tavis de la compagnie, M. Pignay eut fait la lecture des choses effroyables qui se lisent dans cette Chronique contre la mémoire de feu M. l'évêque de Belley et contre l'honneur de M. l'archevêque de Paris, ce syndic excita un tumulte extraordinaire pour empêcher la continuation de cette lecture, forma opposition à ce que la chose ne fût point mise en délibération, sortit brusquement de l'assemblée avec quelques-uns de sa cabale, et obligea M. Mulot, son doyen, de sortir avec lui.
Cet excès était si grand que pour le lui faire concevoir il parut le 19 une lettre imprimée* qu'on lui adressait, et dont M. Brousse, docteur de la même Faculté, était l'auteur. On lui représentait combien il était indigne à un homme qui mangeait le pain du roi d'empêcher la condamnation d'un libelle plein de pernicieuses maximes qui choquaient l'autorité royale et l'indépendance de la couronne de France, et qui traitait de politiques ses défenseurs. On lui faisait voir qu'il s'était rendu criminel d'un attentat punissable contre son père et contre sa mère, contre le roi et la Sorbonne, en procurant l'impunité à un chroniqueur qui avait traité outrageusement les droits de la couronne et employé les calomnies les plus noires contre l'incomparable Aurelius, le plus illustre défenseur de la doctrine de la Faculté, de
i. 6 pages in-40. La lettre est spirituelle et mordante, et d'une allure très vive; elle annonce les Provi?iciates.