LIVRE VIII
ses décrets et de son honneur. On lui remontrait combien il lui était honteux de se rendre protecteur de ce misérable libelle qui avait fait frémir d'horreur sur la manière odieuse et méprisante dont il traitait les princes du sang ; sur ce qu'il disait du Parlement qu'il faisait passer pour une compagnie de scélérats; sur ce qu'il avançait de MM. les maîtres des requêtes, qu'il dépeignait comme des gens de sac et de corde; sur ce qu'il imposait aux Parisiens en les publiant comme des factieux, des séditieux, des rebelles et des ennemis de leur roi. On touchait en passant ses erreurs, comme quand il disait que c'était presque hérésie de penser qu'un chrétien soit obligé d'assister les dimanches à sa messe de paroisse; mais sans parler qu'en général de la manière honteuse dont il traitait M. l'archevêque de Paris et MM. les cardinaux de Retz et Mazarin,, on avait traduit la relation qu'il avait faite de la mort de M. Tévéque de Belley en la page 530. Voici ses paroles : a Le 26 du mois d'avril de l'année 4652 mourut Jean Pierre Camus, ci-devant évêque de BeUey et depuis peu nommé à Tévêché d'Arras, en la 70^ année de son âge, dans l'hôpital des Incurables, proche Paris, où il s'était retiré depuis quelque temps. Les gens de bien estiment qu'il eût sagement fait pour la sûreté de son salut si, avant que de se présenter devant le sévère tribunal de Dieu, il eût sérieusement rétracté toutes les choses qu'il avait écrites dans tant de livres, plutôt avec le fiel d'un hérétique qu'avec l'encre d'un fidèle, au -grand scandale de l'ÉgHse et au mépris et dérision de ceux qui ont quitté toutes choses et suivi Notre-Seigneur. Certainement, parce qu'il a négligé d'appliquer son esprit à une si juste rétractation et qu'il a quitté cette vie quasi comme assuré de son salut, ces mêmes personnes pieuses et timorées n'ont pas été peu épouvantées de cette négligence et de cette sécurité. »
Sur cela, on demandait à M. Grandin que lui semblait de ce bel éloge, s'il n'était pas l'ouvrage d'un bon chrétien, d'un bon religieux qui allait pieds nus avec des socques, s'il ne devait pas être bien remarqué, afin d'être un jour inséré, et en gros caractères, dans le procès-verbal de laça* nonisation de dom de Saint-Homuald, qui sans doute Pavait dressé au pied de la croix et après deux heures de méditation sur les injures que Notre-Seigneur avait souffertes, et
en reconnaissance de ce que M. l'évèque de Belley avait mis en français le livre de l'ouvrage des moines que ce feuillant assurait par un mensonge tout à fait infâme, comme M. Grandin savait, avoir été censuré par la Sorbonne. Que néanmoins c'était ce bel éloge qui avait été lu en la présence de ce syndic, et qui échauffant sa bile lui avait fait jeter feu et flamme et faire ce beau vacarme vraiment digne, non pas d'un syndic de Sorbonne et d'une compagnie de prêtres, mais de M. Grandin.
On lui demandait ce qu'on dirait de la Sorbonne dans les provinces étrangères quand on y lirait des choses si épouvantables imprimées dans Paris et à sa vue sans qu'elle les eût condamnées. Enfin on lui demandait ce qu'on dirait et ce qu'on ne diraitpas de M. Grandin, son syndic, quand on saurait, comme sans doute on le saurait en dépit de lui et malgré toutes ses intrigues, que ce libelle avait été déféré, que la Faculté l'avait eu en horreur, qu'elle s'était mise en état de le flétrir autant qu'il le méritait, et que ce même syndic qui en devait procurer la condamnation avait été celui qui s'y était opposé, qui l'avait autant qu'il avait pu empêchée, et qui pour en venir à bout avait fait brigue et cabale avec plus d'ardeur qu'il n'aurait fait pour défendre le livre du monde le plus saint et le plus pieux, et forcé la condescendance d'un bon doyen de ce vénérable corps à sortir et quitter sa place à un autre.
Il y avait lieu d'.espérer que cette lettre inspirerait une nouvelle vigueur pour réparer dans leur assemblée du commencement du mois de mars la faute que M. Grandin avait commise en la précédente ; et que ce libelle de dom Pierre de Saint^Romuald étant soumis à l'examen n'échapperait pas la censure. Mais ce syndic éluda encore la délibération par un ordre qu'il dit lui avoir été adressé de la cour, et dont M. de Saintot, maître des cérémonies, avait été le porteur pour leur en ôter la connaissance, comme si Sa Majesté se la réservait à elle-même. 11 pouvait lui-même avoir mendié cet ordre ; mais s'il n'eût pas été un prévaricateur public de sa dignité et des droits de la Faculté de théologie, ce lui eût été une occasion favorable de s'adresser ou au roi directement ou à son procureur général au Parlement de Paris, et d'en conférer avec M. l'archevêque de Paris; il se serait souvenu du courage qu'avaient autre-