‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 33 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

fois fait paraître M. Besse *, son prédécesseur dans le syndicat, et les docteurs de la Faculté, lorsqu'ils s'opposèrent à des lettres patentes qui commettaient M. Duval l'ancien et ses associés pour la lecture des livres, sur ce qu'ils reconnurent qu'elles étaient contre le droit et blessaient la justice, de sorte que leur résistance généreuse fit qu'elles demeurèrent nulles et sans effet, et que ceux en faveur desquels elles avaient été données se désistèrent eux-mêmes de la commission qu'ils en avaient reçue de Sa Majesté.

Mais M. l'archevêque de Paris témoigna en cette rencontre plus de fermeté que les docteurs. Ayant été averti assez tard du scandale excité par le libelle de ce feuillant, il l'avait envoyé à quelques docteurs pour le lire avec attention. Et comme ils s'assemblaient rarement à cause de l'indisposition de ce prélat, l'affaire traîna jusqu'à ce que quelques docteurs de Sorbonne le vinrent trouver et lui dirent que la Faculté de théologie n'attendait que sa censure pour faire la sienne. Cela l'obligea de mander exprès son conseil le dernier jour de février, et la censure y étant résolue, faite et expédiée ce jour même, l'ordre fut donné de la faire imprimer pour en faire la publication dès le dimanche prochain.

Les Feuillants, qui en avaient été avertis, moyennèrent qu'on envoyât delà part du roi M. Saintot, maître des cérémonies, dès le samedi 2® jour de mars, chez M. Tarchevêque de Paris. Et comme il ne put parler à lui à cause de son indisposition, il alla chez M. Du Saussay, officiai, lui dire que le roi l'avait envoyé vers lui pour lui dire que S. M. trouvait mauvais qu'ayant pris connaissance du livre de dom Pierre de S^iint-Romuald, un autre en voulût connaître. M. l'ofQcial répartit que cette affaire était de sa compétence et de son devoir, regardant entièrement le for ecclésiastique, et que M. l'archevêque lui ayant enjoint très expressément de l'examiner, il y avait travaillé avec soin et diligence ; qu'ensuite de cette application, il avait reconnu que l'Église y était tellement intéressée que si par impossible M. l'archevêque n'en voulait pas connaître, il se résoudrait plutôt de se retirer de son service que d'abahdonner

1. Peut-être Pierre de Besse (1558-1638) qui fut prédicateur de Louis XIII et du prince de Gondé.

cette affaire et de ne pas tâcher de remédier à un si grand mal.

M. de Saintot ayant porté cette réponse à la Cour, revint sur ses pas lui dire de la part du roi qu'au moins il allât trouver M. le garde des sceaux. A quoi M. Tofficial répliqua que s'agissant d'une affaire ecclésiatique qui était de la juridiction de M. l'archevêque de Paris, ce prélat n'en devait rendre compte qu'au pape, et lui officiai qu'à M. l'archevêque son supérieur; que néanmoins, pour témoigner son obéissance au roi dont il était le très humble sujet, il verrait M. le garde des sceaux.

Y étant allé le jour même, il témoigna d'abord à ce magisque c'était une- chose inouïe et qui choquait tout à fait la bienséance que l'Église fût engagée d'aller rendre compte de ses fonctions; qu'il était néanmoins venu le trouver pour lui rendre compte de la justice de son procédé dans cette affaire. M. le garde des sceaux lui dit qu'il était extrêmement surpris de la censure de ce livre, et de ce qu'on l'avait traité si rudement quoiqu'il ne contînt rien qui méritât un traitement si rigoureux; et comme il produisait un tome de cet ouvrage pour appuyer ses paroles, M. l'official le prit, le feuilleta, et n'y trouvant point tout le venin qu'il avait remarqué dans l'exemplaire qu'il avait examiné, soit parce que celui que M. le garde des sceaux lui présentait n'était que le premier tome, ou qu'étant le second on en eût retranché ces méchants endroits, il tira de sa poche les remarques qu'il avait faites en le lisant, disant à M. le garde des sceaux qu'il était bien étrange que ces religieux ne lui eussent produit que les parties les moins infectées de cet ouvrage pour le surprendre plus aisément par ce moyen. M. le garde des sceaux, après avoir lu quelques-unes de ces remarques, et fait attention à celles que M. l'official lui fit de vive voix avec d'autant plus de facilité qu'il avait lu et examiné tout le livre avec une attention particulière, fut fort surpris des artifices dont ces religieux s'étaient servis pour le surprendre, et avoua que c'était avec juste raison qu'il avait été censuré, puisqu'il contenait des choses qui le rendaient digne du feu, et son auteur d'un châtiment exemplaire. Il assura qu'il en parlerait au Louvre où il allait et en ferait son rapport.

Cette fermeté de M. l'official eut deux suites toutes diffé-

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