LIVRE XI
aux emportements de ses confrères, aurait quelque 'soin de ménager sa réputation, ne faisant simplement que ce qu'il ne pouvait refuser aux ordres de sa compagnie. Mais se voyant trompé par ce nouvel attentat, il prit le parti de réparer ce scandale par le moyen le plus doux et le plus chrétien qu'il put trouver dans cette fâcheuse conjoncture. Car au lieu d'user de son droit pour imposer le silence en lui faisant concevoir par une action d'autorité qu'il ne tenait que sa place dans le lieu où il parlait; au lieu de le faire descendre de cette chaire évangélique qu'il profanait par ses invectives et par ses erreurs, et de prendre luimême la parole pour ruiner par de solides raisons tout ce qu'il avait ainsi avancé sans fondement, et réparer par ce moyen l'injure qu'il faisait à son église, il se contenta de faire commencer l'office divin par les ecclésiastiques de sa paroisse qui étaient dans le chœur, comme on en use ordinairement lorsque les prédicateurs étendent leur discours au delà de l'heure qui leur est prescrite par la coutume. Mais la colère tâchait* de soutenir la voix de ce Père contre le chant de l'église et au milieu du murmure qu'il avait lui-même excité ; et ce ne fut qu'à l'extrémité que ce bruit confus étouffant tout à fait sa voix, il descendit de chaire en témoignant par le mouvement de ses yeux et par la rougeur de son visage jusqu'à quel point cette interruption lui était sensible.
Mais on vit en un instant cette grande troupe de jésuites qui étaient de concert avec lui se joindre avec ceux de la paroisse de Saint-Paul qui leur étaient plus étroitement unis, s'emporter à des actions étranges. Ils se plaignaient hautement contre ce pasteur et contre ses prêtres, et faisaient retentir leurs cris par toute l'église. Ils n'omettaient rien de tout ce qui était capable de faire soulever le peuple et faire finir le service divin. Ils accusaient de cruauté ce curé et tous ses ecclésiastiques, leur reprochaient d'être des ennemis publics de la liberté des fidèles, de gêner les consciences, et de détourner tout le monde de la fréquentation des sacrements. Quelques-uns même des plus ardents passèrent jusqu'à cet excès que de faire battre quelques-uns des chantres, les assurant qu'ils n'étaient pas prêtres.
Cependant les plus sages de la paroisse ne laissaient pas
de s'acquitter de leur devoir en tâchant par leur modération et leur patience d'apaiser les plus échauffés, et de leur faire comprendre que ces sortes d'actions ne tenduient qu'à attirer les foudres de rÉglise sur ceux qui s'en trouvaient coupables ; qu'il y avait plus de sûreté à s'attacher à son légitime pasteur qu'à ceux qui. n'avaient point de troupeau, et que la conduite de M. le curé était exempte de toute accusation de contrainte et de violence, puisqu'il n'avait jamais refusé à aucun de ses paroissiens de se confesser aux religieux ; mais qu'il voulait seulement maintenir l'ordre et les règles de l'Église.
M. de Saint-Paul demeura paisible au milieu de ce tumulte; il acheva le service et il alla à la procession, et lorsqu'il en fut revenu il monta en chaire, où il parla avec autant de douceur et de présence d'esprit que s'il ne fût rien arrivé d'extraordinaire dans sa paroisse.