‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 332 sur 510 · LIVRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE XI

Père de Lingendes^ il lui permît de prêcher le jour suivaat avec la même liberté qu'il aurait pu faire s'il n*y avait eu nulle contestation entre eux, l'assurant qu'il ne prêcherait simplement que son évangile, sans y rien ajouter davantage. M. de Saint-Paul lui représenta avec beaucoup de respect, pour se défendre de cette proposition, qu'il ne pouvait pas souffrir sans trahir son ministère et le rendre méprisable à toute sa paroisse que ce Père parût dans sa chaire, après le scandale qu'il y avait commis dans ses derniers sermons, sans qu'il en fit une satisfaction publique, et qu'il s'expliquât sur ce qu'il avait avancé de la prétendue liberté qu'avaient les peuples de prendre tel confesseur qu'il leur plairait. Sur quoi M. le chancelier lui ayant dit qu'il n'était pas à propos de l'obHger à parler contre son opinion, pour laquelle il avait beaucoup de docteurs, et contre ses propres privilèges, qui étaient fondés sur l'autorité des papes, et qu'il devait se contenter de l'affront qu'il lui avait fait en lui imposant silence dans une occasion où tous les prédicateurs avaient accoutumé d'employer tout le temps qui leur était nécessaire pour prendre congé de leurs auditeurs, et que cette confusion pouvait bien passer pour une satisfaction à son égard ; qu'enfin le roi voulait que cette affaire se terminât ainsi, et que le Père de Lingendes prêchât en la manière qu'il lui proposait, M. le curé de Saint-Paul lui répartit que le roi était le maître absolu et de sa vie et de tout ce qui lui appartenait; qu'il était en son pouvoir de faire tout ce qu'il lui plairait en faveur de ce Père ; mais que de sa part il ne pouvait point y contribuer en nulle manière, pour ne pas déshonorer Dieu ni trahir sa conscience ; qu'il n'y consentirait jamais de son gré, et qu'il priait le roi, qui était le père de ses peuples et le fils aîné de l'Église, de trouver bon qu'il montât lui-même en chaire ce jour-là pour s'acquitter de son ministère en annonçant la parole de Dieu à son peuple. M. le (Chancelier, voyant qu'il tenait ferme sur ce point, après avoir tâché de le réduire en lui proposant le mal qui lui en pouvait arriver s'il ne donnait point au roi en cette rencontre toute la satisfaction qu'il attendait de lui, le renvoya, et finit cet entretien en lui témoignant que Sa Majesté n'avait pas sa réponse pour agréable.

On s'employa de tous côtés pour disposer ce curé à entrer dans le tempérament qui lui avait été proposé, les uns par la

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crainte des maux qui leur paraissaient inévitables s'il persistait dans ce refus, et les autres par l'inclination qu'ils avaient pour les Jésuites. Mais il préféra l'obligation de sa charge à toutes les autres considérations.

La réponse qu'il avait faite â M. le chancelier fut bientôt suivie d'un ordre que le roi lui envoya de se retirer en sa maison des champs, à trois lieues de Paris. Mais dès qu'on eut appris la nouvelle dans la paroisse, on passa de l'étonnement au murmure. Les pauvres, qui se souvenaient encore des obligations qu'ils lui avaient de les avoir soutenus dans la dernière misère, se plaignirent hautement qu'on les allait faire mourir de faim, qu'on leur enlevait leur père, et que les Jésuites étaient les auteurs de ce grand mal. M. le curé de Saint-Paul, qui regardait l'gbéissance aux ordres de Sa Majesté comme l'une des obligations de sa charge, ne put qu'avec une peine extrême résister à la violence qu'ils voulaient exercer sur lui pour l'empêcher de partir, et se mit en chemin précisément dans le temps qui lui était ordonné.

Les peuples ne se contentèrent pas de témoigner leur indignation par des plaintes et par des cris, et ils seraient passés à de très fâcheux effets, qui auraient eu de mauvaises suites, sans la sagesse du vicaire de cette paroisse, qui envoya aussitôt des ecclésiastiques de toutes parts pour empêcher que dans l'étendue de leur quartier, il ne se fît pointd'insultes ni de traitement extraordinaire aux Jésuites. Mais tous ses soins et ses diligences ne garantirent point ces Pères d'être courus par quelques particuliers lorsqu'ils les voyaient sortir. Ils leur reprochaient hautement de les faire mourir [de faim] en leur ôtant leur père et leur nourricier. Ils ne parlaient de rien moins que de mettre le feu à leur maison. Le fameux Père des Déserts, passant avec un frère dans les rues, fut entrepris et pressé de si près par cette populace irritée, que s'il n'eût trouvé la porte de leur maison ouverte, il eût couru risque d'être étouffé. Mais comme le Père de Lingendes était le principalobjet de leurs malédictions et de leurs imprécations, et qu'ils le demandaient même avec beaucoup de chaleur, il fut obligé de se retirer de Paris à petit bruit, ne croyant pas y pouvoir demeurer davantage en sûreté.

Cependant le clergé de l'église de Saint-Paul se mit en deuil ; on cessa le service divin ; ou n'y chantait plus de mes-

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