LIVRE XI
ses hautes et on en disait peu de basses. On laissa les cloches dans le repos le jour de Saint-Marc, qui était un jour de grande cérémonie à cause des grandes litanies, et cette fête se passa sans solennité et sans éclat ; il n'y eut ni procession, ni grand'messe, ni vêpres, ni salut. Les Jésuites, qui furent témoins de ce deuil public, en furent plus étonnés que de tout ce qui s'était passé dans cette affaire. Ils traitèrent cette conduite de sédition, et la déférèrent à la cour qui en demeura fort surprise, parce que cette cessation de service divin était quelque chose de lugubre et de touchant.
M.lechancelieremployatoutesonautorité pourfaire cesser ce deuil, et pour obliger par des menaces le vicaire et les autres officiers de cette paroisse à reprendre le service ordinaire. Les marguilliers, qui étaient des personnes d'autorité, n'omettaient rien pour y pouvoir réussir. Mais ces prêtres répondirent qu'on ne pouvait avec justice leur interdire les larmes pendant qu'on leur enlevait leur père commun et le pasteur de~ tout le troupeau. On employa pour les y contraindre les vicaires généraux de M. le cardinal de Retz. Mais ils répondirent qu'ils ne pouvaient point se mêler de cette affaire depuis qu'elle avait pris un autre tour par l'ordre du roi et par le commandement qu'il avait fait à ce curé de se retirer à la campagne.
Les Jésuites, qui ne pouvaient se mettre à couvert des malédictions et des insultes des peuples, ne manquèrent pas dédire que cette tempête leur était suscitée par les jansénistes qui animaient cette populace pour se venger du résultat de l'assemblée du Louvre. Ils accusaient M. l'archevêque de Sens d'avoir engagé M. de Saint-Paul, et empoisonnant l'esprit de la cour et des évêques par ces calomnies, ils faisaient qu'on y traitait les disciples de saint Augustin de rebelles et de séditieux. Mais ces impostures ne guérissaient point leur mal ; car ce peuple, qui ne savait ni ne comprenait rien au jansénisme prétendu, s'attachait uniquement à redemander son curé à ceux qu'ils savaient être la seule cause de son éloignement. Ainsi les Jésuites se virent forcés par la nécessité de leur propre repos de solliciter eux-mêmes le retour de ce pasteur, et de demander miséricorde àla cour, non pas pour lui, mais pour eux-mêmes.
Les curés de Paris, qui ne pouvaient abandonner leur confrère sans abandonner leur propre cause, s'adressèrent
à M. l'official pour lui demander justice contre Tattentat du Père de Lingendes; et en même temps ils arrêtèrent que ceux d'entre eux qui avaient de l'accès auprès des ministres rendraient leurs offices à M. le curé de Saint-Paul et s'emploieraient à la cour pour obtenir son retour. L'avis de ceux qui conseillaient d'y aller tous en corps pour faire une instance plus forte et plus touchante ne fut pas suivi, et l'on jugea plus à propos, pour ne pas donner lieu aux Jésuites de les calomnier comme des séditieux, de n'en députer qu'un très petit nombre, afin de ne pas faire d'éclat et de pouvoir mieux négocier son retour.
Ces députés, voyant la nécessité qu'il y avait d'apaiser ce peuple dont les murmures et les cris s'augmentaient chaque jour, firent leur poursuite en diligence. On leur fit de grandes difficultés sur ce deuil de Téglise de Saint-Paul; on traita de sédition et de révolte cette émotion populaire; et on leur demanda qu'avant toutes choses on l'apaisât promptement et que le service recommençât à l'ordinaire. Comme c'était une chose qui ne dépendait pas d'eux, et qu'ils n'étaient les maîtres ni des ecclésiastiques ni du peuple de cette paroisse, tout ce qu'ils purent faire en cette rencontre fut de promettre d'y travailler, mais en déclarant qu'il n'y avait nulle apparence d'y réussir, et que cette demande serait plus capable d'irriter ce peuple que de l'apaiser; que dans l'état où étaient les choses, ces ecclésiastiques seraient peu susceptibles de leurs remontrances; que cependant l'affaire ne souffrait pas de retardement à cause des maux extrêmes qui en pourraient arriver. Sur ces instances, on leur fît cette ouverture que pourvu que les prêtres de Saint-Paul s'obligeassent de faire le service et les prédications à l'ordinaire le dimanche suivant, leur curé leur serait rendu le samedi au soir. Us acceptèrent ce tempérament, et promirent de s'entremettre pour persuader au vicaire et au clergé de Saint-Paul de ne pas refuser ce parti. Les Jésuites ne parlèrent plus de faire prêcher leur Père de Lingendes, et ils virent bien qu'il y serait très mal écouté.
Mais afin de justifier son procédé, ils firent paraître aussitôt un manifeste de leur entreprise sous le titre de Bouclier des Réguliers ^ par lequel, engageant tous les ordres religieux comme intéressés dans leur cause, ils prétendaient faire voir que les privilèges étant émanés du pape, on ne