CHAPITRE I
Réflexions sur le décret de l'Inquisition du 23e jour d'avril.
Les Jésuites, qui avaient sollicité ce décret'de l'Inquisition, prirent le soin de le faire imprimer en France et de le répandre de toutes parts comme une réponse abrégée d'une très grande quantité de livres qui les avaient fort incommodés jusqu'à ce temps-là; et leur joie eût été plus grande si ce tribunal eût eu plus d'autorité dans le royaume ; mais dans le temps qu'ils s'évaporaient par la publication d'une nouvelle si agréable à leur Compagnie, et qui servait du moins à faire voir le grand crédit qu'ils avaient à Rome, quelques personnes très judicieuses firent ces réflexions, après avoir lu ce décret.
I. — Qu'il n'avait été fait que sur la nouvelle qu'on reçut à Rome du résultat de l'assemblée tenue au Louvre le 28 de mars précédent, dans laquelle les évêques venaient d'appliquer la condamnation des cinq propositions faite par la xonstitution du pape au sens de Jansénius, afin que ce fait cassât pour constant avant que l'assemblée envoyât sa lettre à Sa Sainteté, et que les propositions se trouvassent ittribuées à cet auteur avant que cette conclusion eût été )résentée au Saint-Siège. Cependant il était constant, non jeulement par la déclaration que le pape avait faite, à M. de iodève, et dont ce prélat avait donné avisa M. le cardinal [azarin, mais aussi par trois de ses brefs adressés au chantre et à l'Université de Poitiers, et à M. Tévêque de Tulle, [ue Sa Sainteté n'avait nul dessein de s'expliquer sur ce sens, et qu'elle en était même fort éloignée; et cela paraissait encore par une lettre de M. le cardinal Mazarin au sieur
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Filleau, dans laquelle il ne parlait que des propositions condamnées. Mais la nouvelle du résultat de l'assemblée du Louvre étant arrivée à Rome, le pape entra aussitôt dans le parti, comme étant tout à fait favorable au dessein qu'il avait touchant l'établissement de son autorité souveraine sur toutes les églises du monde, ne doutant plus de l'affermissement de sa constitution après un engagement si précis des évêques à la maintenir ; de sorte que pour agir avec sagesse et en tirer tous les avantages que cette ouverture lui présentait, il ne voulait pas faire autre chose que de publier ce décret de l'Inquisition, afin de procurer indirectement à ce tribunal l'autorité qu'on lui avait toujours refusée en France.
IL — Que le pape, reconnaissant par ce résultat de l'assemblée du Louvre qu'on n'avait nullement considéré le bref qu'il avait envoyé contre M. l'archevêque de Sens et contre l'ordonnance de M. l'évéque de Comminges, avait voulu prévenir l'arrivée de la lettre que le cardinal Mazarin et les évêques assemblés lui écrivaient, afin de n'être pas obligé de suivre les intentions de ce cardinal et des évêques de France, sans donner aucune atteinte à la lettre pastorale de cet archevêque et à l'ordonnance de M. de Comminges; la délibération du Louvre devant les mettre à couvert de tout ce qui pouvait venir du côté de Rome. Ainsi il se hâta défaire et de publier ce décret, et de mettre cette lettre et cette ordonnance au rang des pièces condamnées. Sur quoi on observait deux choses : l'une que le pape ne s'engageait à rien en laissant agir l'Inquisition, et au contraire il se mettait en état d'avoir de quoi répondre aux évêques en cas qu'ils lui fissent des plaintes de ce mauvais traitement ; l'autre que parla il avait la satisfaction de se venger de ces deux prélats, n'étant pas possible de traiter des évêques de France avec plus de dureté et de mépris que de mettre leurs ouvrages au rang des livres que l'Inquisition aurait censurés.
III. — Que cette censure, quelque chose que le pape pût prétendre, passerait toujours pour un acte postérieur à celui de l'assemblée, quelque date que pût avoir ce décret, puisqu'il paraissait qu'il n'était venu qu'après la nouvelle qu'il avait reçue de ce qui s'était passé du 18 de mars précédent, y ayant eu plus de jours qu'il ne fallait pour la re-