LIVRE XII
capable d'avoir attiré sur eux cette censure. L'un de ces livres était: La théologie familière de M. l'abbé de Saint- Cyran, qui ne contenait qu'une instruction simple pleine de lumière et de netteté des mystères de la foi, et des choses que tous les chrétiens doivent savoir pour leur salut, [qui] ne traitait nullement ni du livre de Jansénius, ni des points controversés. Mais comme les Jésuites avaient de la haine contre l'auteur et contre le livre, et avaient tâché inutilement de porter M. l'archevêque de Paris à le proscrire publiquement il y avait déjà dix ans, ils avaient pris cette occasion, qui était la seule qui leur restait, pour se satisfaire sur ce point. Et cette considération causait encore une véritable nullité dans ce décret, puisque ce livre étant dans tout ce qu'il contenait l'un des plus orthodoxes qui eussent été donnés à l'Église, et ses ennemis ne l'ayant jamais pu accuser raisonnablement^ [d'attaquer] la foi et les règles de la morale chrétienne, il ne pouvait avoir été mis dans une liste de cette nature de livres défendus comme étant infecté d'erreurs que par une pure cabale.
IX. — Qu'il était étrange que ce décret eût encore compris les Enluminures, qui étaient dans l'approbation de tout le monde, et eût laissé sans flétrissure le fameux Almanach des Jésuites, quoiqu*il eût été détesté de tout le monde comme un ouvrage diabolique qui devait attirer sur soi les foudres des puissances ecclésiastiques. Cependant il n'y avait pas un de ceux qui composaient ce tribunal qui ne l'eût vu ou qui n'en eût entendu parler; et il suffisait pour le censurer d'avoir des yeux et quelque sentiment de piété chrétienne et d'équité naturelle. Mais étant l'ouvrage des Jésuites, il était à couvert de toute censure.
X. — Que ce décret avait encore épargné la réponse en forme de [catéchisme] qui avait été faite au Catéchisme de la grâce *, quoiqu'elle fût pleine d'erreurs et d'hérésies, au lieu que ce catéchisme, après avoir été déféré par les Jésuites au conseil de feu M. de Paris et examiné avec soin, avait été trouvé très orthodoxe; le titre de catéchisme ayant été l'unique chose que l'on y avait trouvée à redire, à cause qu'il appartenait uniquement à M. de Paris de publier des
1. Ms. qui avait été faite en forme de catéchisme au catéchisme... c'est moins clair.
catéchismes dans son diocèse, et le livre étant demeuré hors d'atteinte depuis que l'on avait changé ce titre en celui d'Instruction. Aussi les Jésuites ne l'avaient fait mettre dans le catalogue de l'Inquisition, que sous ce titre : Catechismus de Gratia, quocumgue idiomate, afin de surprendre plus aisément ceux qui ne seraient pas informés de ce fait.
XI. — Qu'ils y avaient inséré ce catéchisme d'une manière malicieuse, en le joignant au livre détestable que Samuel De Marets, ministre de Groningue en Hollande, avait composé pour insulter à l'Eglise, et pour faire voir par une horrible imposture que c'était à tort qu'elle traitait ceux du parti de Calvin d'hérétiques et d'excommuniés, puisqu'elle avait parmi les siens des enfants qui convenaient avec eux des mêmes sentiments touchant la grâce ; que cetle imposture ayant été ruinée par trois lettres latines de M. Hermant à M. de Sainte-Beuve, sous le nom de Hieronymus ab Angeloforti, et ce ministre et tous ceux de son parti ayant été tellement convaincus de fausseté qu'elles étaient demeurées sans répartie, les Jésuites s'étaient bien donné de garde de les mettre au rang des livres censurés par Tlnquisition, elles n'auraient servi qu*à découvrir leur malice, et auraient peut-être ruiné la censure des autres livres qu'ils avaient voulu flétrir dans ce catalogue.
XII. — Que ces mêmes Pères, n'étant pas satisfaits d'avoir abusé ainsi de la crédulité de ce tribunal^ y avaient encore ajouté la lettre de l'apostat Labadie, comme si c'eût été un ouvrage fait pour la défense des cinq propositions et de la doctrine de saint Augustin, quoiqu'il fût de notoriété publique que ce misérable s'était jeté dans le parti des hérétiques lorsqu'il avait fait cette lettre, et que les disciples de saint Augustin, qu'il avait plu aux Jésuites de mettre au nombre des compagnons de sa révolte et de sa séparation d'avec l'Eglise, les eussent couverts de confusion sur ce point par des ouvrages publics qui avaient combattu Thérésie de Calvin avec une force qui a allumé depuis ce tempslà la colère des ministres de Charenton, à laquelle ils n'ont pu répondre que par des injures et des invectives. Le reproche que le sieur Daillé* a fait au sieur de Saint-Ju-
1. Jean Daillé (1594-1670) célèbre pasteur protestant, exerça le mi-