‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 343 sur 510 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Emportement de M. Amyot dans la paroisse de Saint-Merry, et d'un jtîsuite dans celle de Saint-Étieane-du-Mont.

Il était- malaisé qu'il y eût une censure de Rome contre les livres des disciples de saint Augustin et que M. Amyot, qui profitait des moindres occasions pour les décrier, n'en tirât pas tous les avantages possibles. Dès qu'il eut appris cet événement, il le joignit au résultat de l'assemblée du Louvre, et tâcha de le faire valoir autant qu'il était capable dans toute l'étendue de sa paroisse, et partout où il croyait avoir du crédit. Il publia avec chaleur la nouvelle de ce décret, comme étant un ouvrage auquel il avait une bonne part aussi bien que les autres disciples de Molina qui s'y

étaient employés. Il n'attendit pas pour publier cette nouvelle qu'elle fût confirmée par les dernières lettres, et sans savoir quels de ces écrits étaient condamnés ou ne l'étaient pas, il assura généralement que tous les livres des jansénistes prétendus étaient censurés par le pape.

Mais il se donnait bien de garde de déclarer que cette condamnation n'était autre chose qu'un décret de l'Inquisition de Rome, dont la juridiction ne s'étend pas jusque dans la France, parce que la plupart de ceux à qui il faisait insulte par cette nouvelle, [lui diraient] ce que les Jésuites avait autrefois dit eux-mêmes de ce tribunal, que ses foudres ne passaient pas les montagnes ; et afin de faire passer cette censure sans contradiction, il se contentait de dire qu'elle était faite par le pape.

11 est vrai que lui et ses confrères s'attendaient à quelque chose de plus, et qu'ils croyaient que le pape, suivant tous les mémoires et tous les avis qu'ils lui avaient adressés, ferait lui-même cette condamnation pour donner plus de force à sa constitution et pour obliger davantage les Jésuites à la soutenir. Mais le Saint Père avait d'autres vues; il ne voulait pas exposer son autorité en un point où il savait bien qu'on n'aurait pas manqué de dire aussitôt que la discussion et l'examen d'un si grand nombre de livres étant incompatibles avec les fonctions de la plus pesante charge qui soit sous le ciel, il n'aurait pas pu s'y appliquer suffisamment pour en juger avec connaissance de cause; outre qu'il s'était souvent expliqué sur le peu d'étude qu'il avait fait en théologie en disant : lo non sono teologo. De sorte qu'il aima mieux se décharger sur cette congrégation et se contenter d'y paraître en la manière ordinaire que sont conçus tous les décrets qui émanent de ce tribunal ; c'était néanmoins assez pour assurer M. Amyot et les autres dans cette nouvelle qu'ils débitaient; comme depuis ils ne manquèrent pas de soutenir que ce n'était qu'un décret de l'Inquisition, et que cette préfixion de la présence du pape n'était qu'un style ordinaire et qu'une forme qui ne rendait pas le décret plus solennel.

M. Amyot déclamait généralement contre tous les livres censurés et non censurés, et particulièrement contre ceux qu'il attribuait à quelques-uns de la communauté de M. Duhamel, son confrère. 11 n'en parlait que comme de livres

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