LIVRE Xll
leur reprochant par une horrible calomnie qu'ils avaient intelligence avec les ennemis de l'Etat, qui avait été découverte par une lettre interceptée, et de ne déférer point à la constitution du pape.
Ils voulaient que tout Tenfer fût dans Port-Royal; que ceux qui y étaient y souffrissent les supplices des damnés, selon les poètes payens; qu'un de leurs charretiers eût fait les Enluminures, et que tous ceux de Port-Royal fussent sortis de l'enfer. Mais en même temps ils comparaient le Père Annat à un hercule. Us finissaient par une prière fort chrélienne qu'ils adressaient, non pas à Dieu, mais aux dieux, c'est-à-dire aux démons des payens, qui était qu'on chassât de France et du monde les disciples de saint Augustin; c'està-dire qu'on tuât ceux qu'ils disaient avoir été terrassés par ce généreux hercule, le Père Annat, et qu'ils représentaient comme un Cerbère à trois têtes qui léchait ses plaies.
Leurs amis mêmes, qui s'étaient employés auprès de M. le cardinal Mazarin pour supprimer l'autre satire, les accusèrent d'imprudence d'avoir publié un ouvrage si outrageux, plus digne du feu que de la lumière, et ce décri qu'ils en firent le rendit si méprisable qu'il demeura enseveli dans les ténèbres.