‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 349 sur 510 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

i. Cornet et M. Dabes sont choisis par M. le cardinal Mazaria pour être de son conseil. M. Cornet se rend maître absolu de la réception des bacheliers dans le collège de Navarre. M. Hallier demande l'archevêché d'Aix et est refusé ; le Père Annat est nommé confesseur du roi.

M. Cornet, grand maître du collège de Navarre, et M. Dabes, nommé depuis [peu] de mois à la chaire de professeur royal en théologie dans la maison de Sorbonne, reçurent en ce temps-là des marques de la considération dans laquelle ils étaient à la cour par le choix que M. le cardinal Mazarin fît de leurs personnes pour les introduire dans son conseil ecclésiastique, et M. Cornet en tira un grand avantage pour établir sa domination dans son collège.

L'aversion qu'il avait pour la doctrine de saint Augustin

lui avait fait former la résolution d'exclure de la maison de Navarre tous les disciples de ce saint Père de TÉglise qui voudraient s'y présenter. La résistance que lui faisaient ceux qui y avaient été reçus, et leur nombre qui croissait tous les jours lui était insupportable, et il crut que sans s'arrêter davantage aux formalités ordinaires de l'examen de ceux qui y aspiraient, dans lequel les bacheliers avaient eu jusqu'alors une grande part, ils devaient se dispenser de cet ordre, qui était établi dans la Sorbonne et dans les autres communautés de théologiens de l'Université de Paris. Quoique cet ordre fût établi sur le droit naturel, qui veut que ceux qui veulent entrer dans une communauté soient connus des particuliers qui la composent, il voulut se tirer d'embarras à quelque prix que ce fût, et sans affecter davantage des longueurs étudiées pour obtenir de M. le grand aumônier, proviseur de la maison, des lettres de ceux qui avaient été reçus contre son intention, ou qui avaient témoigné du penchant pour saint Augustin depuis qu'il leur avait donné sa voix, il crut devoir couper tout d'un coup ce nœud gordien, qu'il n'aurait pu délier sans peine, et se servir du crédit qu'il avait chez le premier ministre d'État pour ne recevoir dans sa maison que ceux qui lui seraient agréables.

M. Hallier crut en ce temps-là avoir un peu plus de mérite que M. Cornet pour donner des bornes si étroites à une ambition aussi vaste que la sienne, et qui lui faisait concevoir que rien de grand dans TÉglise n'était au-dessus de lui. Étant persuadé que la mémoire de ses services était encore toute fraîche dans l'esprit du cardinal Mazarin et des Jésuites, il crut ne pas devoir différer davantage à recueillir le fruit de ses pénibles travaux et des fatigues de son dernier voyage de Rome. Et comme l'archevêché d'Aix avait vaqué en ce temps-là par la mort du prélat qui en était titulaire, et qui était frère * de Son Éminence Mazarine, il se persuada que ce serait une espèce de modération de la demander pour lui qui avait été sur le point, à ce qu'il disait, d'avoir la tête couverte d'un chapeau rouge, lorsque M. le

1. Michel Mazarin (1607-1648) dominicain de Rome et maître du Sacré-Palais, obtint par le crédit de son frère l'archevêché d'Aix en 1645, le chapeau de cardinal en 1647, et enfin la vice-royauté de Catalogne en 1648.

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