LIVRE XII
dans ses desseins. Le roi, ayant besoin d'un confesseur, jeta les yeux sur ce jésuite qui, étant sans cesse à la cour pour soutenir les intérêts de sa compagnie et poussant abouties disciples de saint Augustin dont il faisait son affaire, était entré dans la connaissance de Sa Majesté et de ceux de son conseil par cette assiduité infatigable. L'exemple de quelques Pères de sa société, qui avaient regardé ce grand emploi avec tremblement et reçu comme une grâce la dispense qu'on leur avait accordée de s'en charger, ne fît nulle impression sur son esprit. Il se regarda comme un homme choisi non entre dix mille, mais entre dix millions, qui devait donner des conseils de conscience au plus grand de tous les rois chrétiens et au père d'un si grand peuple ; et il fut ravi d'en apprendre la nouvelle à tout le royaume par l'éloge que lui en donna la Gazette, qui fondait le choix que Sa Majesté venait de faire de sa personne pour cet emploi sur les grands services qu'il avait rendus à l'Église par ses beaux livres. Mais ces ouvrages dont il tirait tant de vanité n'étaient qu'un recueil de faussetés et de calomnies, qui méritaient plutôt d'être flétris par des censures que relevés par des louanges, puisque ce n'est pas rendre service à. l'Église que de noircir par des impostures ceux de ses enfants qui s'exposent à toutes choses pour lui conserver le précieux dépôt de la vérité et de la saine doctrine des apôtres et des saints Pères.