CHAPITRE V
Le cardinal Mazarin donne une audience favorable aux députés des huguenots des Gévennes contre le parlement de Toulouse.
Il arriva dans ce même mois de mai un coup de la divine Providence quijustifîa les disciples de saint Augustin des faux bruits que la calomnie avait répandus contre eux en les accusant sans aucun sujet d'une secrète confédération avec les ennemis de la religion romaine et d'une honteuse intelligence avec Cromwell. La persécution publique qu'on leur faisait ruinait assez elle-même cette imposture, puisque ceux qui savaient quelque chose des dispositions delà cour étaient persuadés qu'on ne voulait pas se brouiller avec ce
tyran du Nord, et que la crainte de l'irriter obligeait à dissimuler des emportements qui lui échappaient de temps en temps, et que l'on aurait repoussés comme des hostilités manifestes si la conjoncture eût été plus favorable. Mais ce ménagement se passait d'une manière assez secrète et il était très difficile de la pénétrer.
Mais Dieu, qui ne manque jamais à ses fidèles serviteurs, mit en évidence les sentiments de la cour par un événement auquel les Jésuites ne s'attendaient pas. 11 y avait dans les Cévennes un célèbre huguenot qui, ayant commis des crimes énormes, fut arrêté par la justice et déféré au Parlement de Toulouse par ceux qui s'étaient rendus ses parties. Il se défendit par les édits de pacification que nos rois ont accordés aux huguenots ; et ceux du pays qui s'étaient joints à lui demandèrent leur renvoi devant leurs juges conformément à leurs privilèges. Mais ce Parlement, qui n'ignorait pas les cas qui étaient privilégiés et ceux qui ne l'étaient pas, n*eut point d'égard à leurs privilèges, instruisit le procès de cet homme et le condamna, parce que ses crimes étaient au-delà de tout privilège.
Une justice si rigoureuse les ayant extraordinairement irrités, et regardant cette action comme un attentat, ils s'assemblèrent pour délibérer des moyens d'en poursuivre la réparation, et résolurent d'en porter leurs plaintes au roi par la bouche du marquis de Malote * et de quelques-uns des premiers d'entre eux, qu'ils députèrent vers Sa Majesté pour implorer sa protection contre le Parlement de Toulouse.
Ces députés ne furent pas plutôt arrivés qu'ils obtinrent sans peine leur audience par le crédit du cardinal Mazarin^ et lui ayant fait leurs remontrances sur le sujet de leurs plaintes, Sa Majesté les écouta favorablement, leur donna de grandes marques de sa bienveillance et leur promit d'avoir égard à leur demande et d'en conférer avec son conseil. Ils eurent ensuite une conférence avec M. le cardinal Mazarin qui leur témoigna toute sorte d'amitié et leur promit toute l'étendue de son crédit auprès du roi pour faire réussir l'effet de leurs remontrances. Il les entretint plusieurs fois avec autant de civilité, de soin et d'empressement que
1. 11 n'est fait aucune mention de ce marquis de Malote, gentilhomme huguenot, dans la France protestante des frères Haag.