‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 353 sur 510 · LIVRE xu · texte numérisé non relu

LIVRE xu

is'il les eût voulu gagner lui-même et s'expliqua avec eux, jusqu'à leur dire que M. le Prince, ayant appris le bon traitement que le roi faisait aux huguenots, l'avait calomnié auprès du pape en lui donnant avis qu'il était le Protecteur de France, et que Sa Sainteté s'en plaignait. Enfin il n'omit rien pour leur faire comprendre de la bonne manière l'estime qu'il faisait d'eux et de tous ceux de leur parti.

Ceux qui faisaient attention sur une histoire si surprenante furent partagés de sentiments; les uns trouvèrent à redire qu'il traitât ainsi ouvertement avec des hérétiques déclarés qui s'étaient révoltés contre l'Église, et ne pouvaient ajuster cette conduite avec la pourpre dont il était revêtu, et dont la couleur le devait avertir sans cesse qu'il était obligé d'exposer sa vie et de répandre son sang, s'il en était besoin, pour la défense de la religion catholique et de l'autorité du Saint-Siège contre ces calvinistes qui en étaient les ennemis publics. Mais on avait peine à comprendre par quel esprit il pouvait ainsi caresser ces hérétiques dans le temps même qu'il traitait avec tant de dureté et d'une manière si odieuse les disciples de saint Augustin, que nulle persécution n'était capable de faire sortir du sein de l'Église; Les autres, qui pénétraient dans les motifs de cette conduite, la louaient comme la marque d'une action de sagesse et d'adresse politique, parce qu'ils connaissaient l'appréhension où était ce cardinal que le Protecteur d'Angleterre ne se servît de l'union qu'il avait avec les huguenots de ce royaume pour susciter des affaires à la France, et son inquiétude était d'autant plus grande sur ce sujet qu'il n'avait pu encore lui-même l'attirer à son amitié, quelque soin qu'il eût pris de le prévenir. Quelques-uns, qui considéraient cette conduite politique sans la blâmer, ne pouvaient souffrir que les Jésuites soutinssent que les disciples de saint Augustin avaient fait ligue avecCromwell et qu'ils renouvelassent encore cette imposture si fortement ruinée. Car ils soutenaient que si cette alliance dont on voulait bien les accuser eût été véritable, ils n'auraient pas eu moins de part à sa bienveillance que les huguenots, n'y ayant rien alors que ce ministre ne désirât avec plus de passion que de témoigner à cet usurpateur des trois couronnes de la Grande- Bretagne et à ce parricide de son roi qu'il voulait entretenir une alliance particulière avec sa république prétendue. Et

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cela était d'une notoriété si publique que toutes les personnes de bon sens étaient entièrement convaincues de cette disposition de la cour, et ne pouvaient s'empêcher de faire des reproches à ceux qui étaient assez injustes pour dire que les disciples de saint Augustin avaient de secrètes liaisons avec le Protecteur d'Angleterre et les huguenots de France. Mais ceux qui avaient assez de lumières et de discernement des choses du monde pour pénétrer ce mystère n'avaient pas assez de charité ni assez de force pour parler en faveur de ces théologiens opprimés et pour faire voir leur innocence et la malignité d'une si horrible calomnie en effaçant les fâcheuses impressions qu'on en avait fait concevoir à la reine, la crainte de déplaire aux Jésuites leur fermant la bouche. Ils crurent en être quittes pour dire que cette médisance se ruinait d'elle-même, non seulement par la considération de la conduite des disciples de saint Augustin et sur le peu d'apparence qu'il y avait qu'ils eussent pu former cette ligue, n'y ayant alors nul parti en France qui parût, mais aussi par la manière favorable dont le premier ministre venait de traiter les huguenots. Et l'événement fit voir que leurs conjectures étaient bien fondées, puisque cette calomnie de l'alliance des prétendus Jansénistes avec Cromwell, qui venait d'être renouvelée dans le poème infâme qu'un émissaire des Jésuites avait intitulé Ars et disciplina janseniana se dissipa d'elle-même, pour la confusion de ceux que la mahce seule en avait rendus les auteurs.

CHAPITRE VI Bref du Pape à M. de Tulle sur le sujet des cinq propositions.

Les Jésuites étaient encore tout fraîchement enivrés de la gloire de leur triomphe lorsqu'un petit incident traversa leur joie et leur devint le sujet d'une mortification inopinée. Dans le même mois de mai on vit paraître un bref du Papa sur le sujet des cinq propositions adressé à Messire Louis de Rechignevoisin de Guron *, évêque de Tulle, qui était daté du premier jour du mois de mars, mais qui ne vint à

1. Louis de Rechignevoisin de Guron (1616-1693), abbé de Moreuii, puis évêque de Tulle en 1658, et de Comminges en 1671.

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