‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 355 sur 510 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les partisans de Molina engagent l'abbé d'Aumont à soutenir une thèse de la grâce contre les disciples de saint Augustin. Mauvais succès de cet acte.

Entre tous ceux qui prenaient part au triomphe de la cause de Molina sur le sujet de ces propositions, M. Le Moine, qui disposait plus aisément de l'esprit de ses écoliers que

de l'estime des gens de lettres, voulut faire quelque chose dans les écoles de Sorbonne qui eût de Téclat pour faire valoir ses opinions, 11 jeta les yeux pour cet effet sur Tabbé d'Aumont*, fils de M. le maréchal d'Aumont,et l'ayant engagé à soutenir des thèses de la grâce dans son acte de tentative, selon qu'il les avait dressées lui-même, il y mit les propositions condamnées, en les attribuant aux disciples de saint Augustin dans le sens hérétique qu'elles contenaient. Mais il le fit d'une manière si outrageuse, si visiblement fausse et si étrangement insoutenable que les moins clairvoyants en eurent compassion en voyant la disgrâce où ce jeune abbé allait tomber dès la première démarche qu'il voulait faire. pour entrer dans la Faculté de théologie. On en avertit M. Le Moine et M. Hélie, autre docteur de la maison de Navarre, qui avait soin des études de ce prétendant à la qualité de bachelier. Mais ils étaient tellement prévenus de l'idée du triomphe qu'ils se promettaient de cet acte qu'ils furent incapables de se rendre à la raison, et rien ne les empêcha de sacrifier à leur passion et à leurs intérêts l'honneur, la réputation et les études de ce jeune abbé*.

1. Charles d'Aumont, abbé d'Userches, Longuilliers, etc., était le second fils du maréchal d'Aumoot. Il mourut en 1695.

2. On lisait en cet endroit au ms. le passage suivant qui a été barré; il est bon de le rétablir, parce qu'il explique la doctrine des disciples de saint Augustin touchant les cinq propositions :

Ce fut inutilement qu'on leur répéta ce qu'on leur avait déjà dit tant de fois, que ni Jansénius, ni les disciples de saint Augustin n'avaient jamais dit que les commandements de Dieu fussent impossibles aux justes qui s'efforçaient et qui voulaient ; qu'au contraire, Jansénius enseignait qu'ils leur étaient possibles en plusieurs manières et par les grâces mêmes par lesquelles ils s'efTorçaient et voulaient. Qu'ils ne niaient pas que la volonté des hommes ne fût indifférente; mais qu'ils soutenaient que leur volonté était maîtresse de son action, qu'elle était en sa puissance et qu'elle la produisait sans répugnance et sans y être contrainte dans la pleine et entière application de la raison, et qu'elle était véritablement indifférente. Qu'ils ne rejetaient point la grâce suffisante au sens des Thomistes, et que l'on ne pouvait sans une fausseté toute visible leur imputer qu'ils soutenaient que ce fût une erreur d'admettre cette grâce. Que c'était encore une calomnie plus grossière de leur imposer qu'ils enseignaient que la concupiscence fût la cause pour laquelle Dieu refusait ses grâces à quelques-uns avant qu'ils fussent actuellement tombés dans le péché, ou qu'ils disaient que la grâce nécessitait la volonté, ou lui ôtait sa liberté, ou que J.-C. ne fût pas mort pour les justes qui ne persévéraient pas dans la justice, ni pour tous les hommes; ou que Gothescalc eût enseigné les

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