LIVRE XII
Ils persistèrent dans leur entreprise et tâchèrent de donner par avance le plus de réputation qu'il leur serait possible aux réponses de cet abbé.
Et afin qu'il ne manquât rien à la célébrité de cet acte, ils portèrent ce répondant à dédier ses thèses à M. le cardinal Mazarin par une épître remplie des plus basses et des ^dIus honteuses flatteries qui pussent entrer dans des esprits ^^fcrévenus de leurs opinions, Dieu voulant que cette épître ^Ht tout le corps de la thèse eussent une conformité tout ^Kntière. Plusieurs docteurs en furent choqués, ne pouvant ^Supporter que deux de leurs confrères et M. Tarchevéque ^(l'Embrun eussent autorisé des expressions si indignes de théologiens et de la sainteté du mystère de la grâce dont il s'agissait; car cet abbé, après avoir mis le portrait de ce cardinal au haut de sa thèse, disait à Son Eminence que toutes les vérités touchant la grâce qu'il y exposait lui étaient consacrées, tant parce qu'elles étaient de la grâce,, que parce que c'était lui, abbé d'Aumont, qui les proposait après tant de grâces qu'il avait reçues de lui, et après toutes celles qu'il avait faites à la grâce; que le monstre qui l'avait combattue n'était pas encore tout à fait terrassé après tant de victoires que l'on avait remportées sur lui, ni même après les foudres du siège apostolique; qu'il renaissait de ses cendres, et que sous le faux nom de grâce il avait séduit des hommes de très grande piété parce qu'il se faisait honorer en beaucoup de lieux où il passait pour la véritable grâce sous l'appui célèbre qu'ils lui donnaient. Mais que Son Eminence avait mis la dernière main qui était si nécessaire pour trancher le cours de ce mal si pernicieux; que c'était par ce bienfait signalé et par ce rare ouvrage de sa main que cette fille du ciel régnait encore une fois sur la terre dans une profonde paix, et que tous les fidèles ou la recevaient ou tremblaient devant le trône où elle était si solidement établie. Que Son Eminence avait opéré toutes ces merveilles après avoir rendu la paix
erreurs qu'où attribuait aux Prédestiuatiens, qui étaient une secte imaginaire, ou que Dieu n'eût pas la volonté de sauver tous les hommes, ou enfin que le libre-arbitre fût entièrement éteint par le péché, puisqu'ils soutenaient tout le contraire de ces erreurs. Mais tous les avis que Ton donnait à ces deux docteurs furent entièrement inutiles et pour eux et pour cet abbé, lis persistèrent
au royaume, comme le seul et unique ministre du souverain pontife, du roi, de l'Église, de l'empire de Dieu et des hommes, et dont le bonheur et le génie étaient plus favorables au ciel et à la terre que l'industrie de tous les autres ; que c*était pour tous ces titres si avantageux qu'il avait placé les marques illustres de Son Éminence au-dessus de sa thèse, et les aurait imprimées volontiers sur toutes les grâces dont les hommes étaient remplis ; qu'il les avait même gravées jusqu'au fond de son cœur, de son âme et de toutes ses pensées, et que comme elles avaient toutes un très grand respect pour Son Éminence, il était plus que juste qu'il en fît dans cette occasion une déclaration publique, afin ij^ue ni lui, ni la grâce même ne passassent pour ingrats à son égard.
Voilà les éloges que contenait cette épître, et que q uelquesuns ne craignirent pas de traiter d'impiété, et de leur imputer en partie toute la confusion dont cet abbé d'illustre naissance se trouva couvert dans cet acte. Il parut beaucoup moins fier sur les bancs que M. le maréchal d'Aumont [ne] paraissait ordinairement dans les armées et dans son gouvernement, car il fut poussé si vigoureusement sur les principaux points de la thèse, et fit voir qu'il était si peu instruit de la doctrine de saint Augustin qu'il lui fut impossible de satisfaire aux principaux arguments qu'on lui proposa sur des passages formels de ce Père de l'Église; et M. d'Embrun, qui ne s'était pas attendu à cette faiblesse et qui avait cru que M. le Moine l'aurait si bien établi dans ses principes qu'il demeurerait inébranlable, ou que du moins il se tirerait d'embarras par les échauffades ordinaires des distinctions de son professeur, fut tout surpris de se voir lui-même réduit à répondre à des difficultés qui lui paraissaient insurmontables. Mais après avoir éprouvé pendant quelque temps la confusion où l'engageait cette corvée, il l'abandonna tout entière à son répondant, qui était digne de quelque compassion et ne méritait pas d'être ainsi abandonné.
Celui qui les harcela le plus fut M. Girard, dont on a déjà parlé ci-dessus, qui devait pousser fort loin ce disciple de M. Le Moine sur la doctrine de saint Augustin dans le rang éminent qu'il tenait sur cette matière au-dessus des autres bacheliers, puisque n'étant encore qu'écolier, il avait tant