‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 377 sur 510 · LIVRE XTI · texte numérisé non relu

LIVRE XTI

M. Ladvocat * et Chevalier, grands-vicaires; à MM. Joly et Biet, chanoines de la cathédrale, et à quatre curés de Paris. MM. Joly, MazLire, curé de Saint-Paul et Chassebras de la Magdeleine, étaient absents de chez eux quand on y apporta ces lettres.

Le samedi [22*] du même mois, MM. les curés s'étant assemblés en la maison de M, le curé de Saint-Germain pour délibérer sur ce qu'ils auraient à faire pendant l'absence de

M. les vicaires généraux et de leurs confrères, ils arrêèrent : 1° que quatre d'entre eux iraient trouver M. le chancelier pour lui représenter que le diocèse ne pouvait

as subsister longtemps dans l'état où il était, sans arche-

êque et sans grands-vicaires, parce qu'il arrivait à chaque moment des affaires très importantes qu'il fallait décider par l'autorité de l'évêque. Qu'ils s'apercevaient même déjà que les peuples qui étaient commis à leurs charges se ressentaient de leur absence, et qu'ainsi cette nécessité étant du nombre de celles dont le remède ne souffrait point de retardement, ils suppliaient très humblement Sa Majesté d'avoir la bonté d'envoyer les vicaires généraux de l'archevêché de Paris et les curés leurs confrères.

2° Qu'ils tiendraient leurs assemblées sous l'autorité de M. l'archevêque de Paris, non pas pour traiter d'aucune affaire politique, mais seulement pour pourvoir aux besoins de leurs églises particulières ; ce qui leur faisait espérer que le conseil de Sa Majesté n'y trouverait rien à redire, puisqu'ils ne s'assembleraient que pour les affaires purement ecclésiastiques.

3° Qu'après les lettres que M. le cardinal de Retz, leur archevêque, avait écrites touchant sa résolution de vivre et de mourir archevêque de Paris, ils déclaraient à Sa Majesté, avec tout le respect qu'ils lui devaient, qu'ils ne pouvaient point reconnaître d'autre archevêque que Son Éminence,

1. Nicolas Ladvocat, surnommé Billiad (1620-1679), docteur de Sorbonne et chanoine de Notre-Dame, fut plusieurs anaées grand-vicaire du cardinal de Retz qu'il accompagna à Rome eu 1675. Il devint évêque de Boulogne en 1676.

2. La date est restée en blanc ; mais ce doit être le 22, car le samedi précédent, jour de l'Assomption, les curés ne pouvaient évidemment pas quitter leurs paroisses. Un curieux procès-verbal manuscrit de ces assemblées, inséré dans les Recueils de Louis Adrien Le Paige, fait mention de cette assemblée extraordinaire du 22 août.

ni recevoir d'autres ordres que les siens ou ceux de MM. ses grands-vicaires.

A" Qu'ils avaient peine à croire ce qu'on leur avait appris, que le conseil de Sa Majesté voulait donner un arrêt pour attribuer à Messieurs du chapitre la juridiction ecclésiastique du diocèse de Paris, et que pour faire connaître à toute l'Église qu'ils ne négligeaient pas les moindres petits bruits dans une affaire de cette importance, ils déclaraient, avec le même respect qu'ils avaient fait les mêmes déclarations, qu'ils n'exécuteraient pas de semblables ordonnances ni arrêts, parce qu'ils étaient manifestement contraires aux règles de l'Eglise, et qu'ils souffriraient plutôt la mort que de contribuer quelque chose de leur part à cette exécution.

Ce jour là même M. Rousse, curé de Saint-Roch, porta cette parole de la part de ses confrères à M. le chancelier [qui] lui répondit que le roi voulait absolument qu'ils lui obéissent sur le fait des assemblées, leur défendant d'en faire aucune à l'avenir; et que pour le surplus des choses qu'il venait de lui représenter, il en donnerait avis à Sa Majesté.

Le jour même que ^Messieurs les grands-vicaires et les autres qui étaient mandés pour se rendre à la suite delà cour partirent de Paris en exécution de cet ordre, M. Thévenin, chanoine de la cathédrale, partit aussi deux heures après pour observer toutes leurs démarches, il s'était déjà déclaré contre eux en s'opposant dans le chapitre, le mercredi précédent, à l'enregistrement de l'acte de révocation de la démission que M. le cardinal de Retz avait faite de l'archevêché de Paris, et il continua toujours d'agir dans ce même esprit, se mettant plutôt en peine de ses propres intérêts que de la cause de l'Église.

Le 28 de ce mois on afficha dans les carrefours de Paris un arrêt du conseil contre M. le cardinal de Retz, par lequel le roi donnait permission à M. de la Meilleraye de le chercher dans toutes les places de son gouvernement, et commandait à tous les gouverneurs des autres places et ports du royaume, de l'arrêter, comme étant capable de troubler le repos de l'État, en la manière qu'il avait fait autrefois dans la ville de Paris, laquelle n'avait joui d'une plus grande tranquillité que depuis qu'il en était absent, et en se remettant dans les mêmes intrigues, qu'il avait eues

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