LIVRE Xll
^ar le passé avec le prince de Condé et les autres rebelles, ce qui avait été le seul motif qui avait porté Sa Majesté à l'obliger de donner sa dénnission. Plusieurs crurent que cet arrêt aurait peut-être été moins sanglant si la conjoncture de la levée du siège d'Arras n'eût mis la cour en état de ne point user de ménagement, et n'eût augmenté le désir qu'elle avait de se défaire de ce cardinal.
Ce jour-là même, un huissier apporta un arrêt du conseil qui faisait commandement au chapitre de députer à la cour quatre de ses chanoines, savoir : MM. Gaudin, Veillot, Séguier et... [et] de porter avec eux les registres du chapitre. In députa vers M. le chancelier pour lui dire qu'en l'ab- 'Sence du greffier, que ses affaires avaient empêché d'assister à la délibération dont il s'agissait, on n'en avait écrit l'acfe que sur une feuille volante que Ton pourrait porter au roi. Mais M. le chancelier répondit qu'il fallait envoyer quérir le greffier pour avoir de lui le registre et le porter.
Le samedi 29 du même mois, sur les onze heures du malin, deux huissiers à la chaîne d'or apportèrent au chapitre un arrêt du conseil d'en haut qu'ils ne voulurent rendre qu'au corps du même chapitre assemblé, et qui leur faisait commandement de déclarer le siège vacant, de déposséder les prétendus grands-vicaires, de les empêcher de prendre la direction du diocèse, et [de] procéder incessamment à l'élection et à la nomination d'autres officiers, faute de quoi le roi y pourvoirait et y nommerait,
M. l'abbé d'Aubigny remontra fort généreusement que cela ne se pouvait faire, et que cet arrêt, porté par deux huissiers, n'avait pas plus de force que celui auquel leur compagnie n'avait point déféré quelque temps auparavant, quoiqu'il leur eût été prononcé par le roi même en la personne de M. le chancelier dans le temps de la prise de possession de l'archevêché de Paris.
M. Parfait dit qu'encore que l'on fût en disposition d'obéir au roi en toutes choses, néanmoins, comme il s'agissait de la conscience en celle-là, l'importance de l'affaire méritait bien qu'on fît assembler un chapitre général avant que d'en opiner, et que son sentiment était d'en remettre la délibération au lundi suivant, ce qui passa tout d'une voix. On remarqua dans cette assemblée capitulaire que M. de Contes, doyen de Notre-Dame, ne s'éloignait pas fort d'une
entière soumission à la cour, el semblait s'offrir de lui-même pour diriger le diocèse. La suite fit voir que cette opinion n'était pas fondée sur une simple conjecture.
Cependant Messieurs les grands-vicaires étant arrivés à Péronne où M. Biet les était allé joindre, un secrétaire de Monsieur les reçut fort bien, mais M. le comte de Brienne leur fit une sévère réprimande sur le Te Deum, qu'il disait n'avoir été chanté que par leur ordre; que trois ou quatre chanoines qui s'étaient trouvés seuls dans le chapitre avaient suivi sans discernement, et que cette marque de réjouissance n'avait été fondée que sur la fausse espérance de la prise d'Arras.
M. Thévenin, qui s'était rendu à la cour aussitôt qu'eux, leur avait rendu tous les mauvais offices qu'ils pouvaient attendre d'un ennemi déclaré, et c'était sur ses instructions qu'on leur attribuait d'avoir fait ou autorisé des assemblées secrètes que l'on traitait d'intrigues et de cabales contre l'Etat. Aussi ce chanoine était applaudi pendant que ses frères étaient rebutés et qu'on les faisait languir avant que de les admettre à l'audience de Sa Majesté, et on ne voulait la leur accorder qu'après que l'on aurait appris la résolution de tout le chapitre.
M. le procureur général ordonna à M. Joly de partir incessamment, quelques affaires qui l'arrêtassent à Paris, et il déféra à cet ordre.