LIVRE XTII
clarés, et que les créatures d'Innocent X, qui étaient au nombre de plus de trente, paraissaient unies en quelque façon. Mais il y avait entre eux des intérêts si différents, et on voyait si peu de personnes qui fussent capables de les lier que l'on croyait avoir tout sujet de croire qu'ils ne seraient pas les maîtres dans le conclave. Le cardinal Barberin était tout à fait joint à la signora Olympia par l'alliance de son neveu avec la petite-fille de cette sœur du défunt pape ; mais quoique cette alliance parût les rendre inséparables pour les intérêts communs de leur famille, on prévoyait néanmoins qu'ils seraient désunis pour ceux d'Espagne par les autres espagnols de la faction du cardinal de Médicis. Car quoiqu'il fût protecteur de cette couronne, néanmoins on se persuadait qu'il ne souffrirait qu'avec peine, étant frère du grand duc, que le sort de la papauté tombât sur un espagnol; la grandeur de la maison d'Autriche, qui se rendait tous les jours de plus en plus considérable dans l'Italie, lui attirait la haine de tous ses voisins. On parlait fort en ce temps-là de l'alliance du duc de Savoie avec l'infante, et c'est ce qui leur donnait de justes appréhensions, n'y ayant personne qui par politique ne souhaitât un pape tout à fait français.
On regardait la brigue du cardinal de Médicis, doyen des cardinaux, comme la plus forte qui fût à Rome, à moins que celle des Barberins ne se réunît et que le cardinal Antoine ne se joignît avec son frère. Mais il n'y avait nulle apparence qu'il abandonnât les intérêts des Français, et comme il était fort aimé, et que son frère ne l'était de personne, on le croyait en état de servir la France fort hautement par le grand nombre de ses créatures.
Les cardinaux français étaient en fort petit nombre; mais d'ailleurs ils étaient si vigoureux et si puissants que l'on espérait beaucoup de leur hardiesse et de leur prudence. Le cardinal d'Esté était fort considéré, le cardinal Bichi fort habile; le cardinal Grimaldi tout à fait résolu et intelligent, le cardinal Ursino capable de servir utilement par sa naissance et par sa vigueur. On disait que quelques autres en assez bon nombre ne paraissaient point encore et attendaient un temps favorable pour se déclarer; mais après tout, ceux qui souhaitaient avec une plus grande passion * le