CHAPITRE II
Consultation de quelques docteurs de Sorboane donnée en faveur de M. du Coudray-Montpensier qui en poursuivait le don* quoique marié, blâmée par M. le recteur de l'Université de Paris dans l'assemblée des Mathurins.
L'abbaye de Saint-Laumer, qui est située dans la ville de Blois, en l'apanage de M. le duc d'Orléans, étant vacante par la mort du fils de M. du Coudray-Montpensier ", ce seigneur la demanda à Son Altesse Royale, qui le considérait beaucoup et qui avait droit d'y nommer. Ce prince, qui savait que ce gentilhomme n'avait plus d'enfant pour la tenir, et n'était plus en étatd'enpouvoir avoir, lui demanda pour qui c'était, ne pouvant s'imaginer qu'étant engagé dans le mariage il la demandât poiir lui-même. Mais comme M. du Coudray lui fit sa déclaration, et dit que c'était pour lui, et non pour
1. Sic ; il faut lire qui poursuivait le don d'une abbaye, quoique marié,
2. C'aude du Coudray-Montpensier. Son fils François d'Escoubleau, mort en 1653, était abbé de Suinl-Laumer depuis 1629.
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d'autres qu'il la demandait, Son Altesse Royale ne lui répliqua autre chose, sinon qu'il était marié et qu'on ne donnait point d'abbaye à des gens mariés. M. du Coudray, ne se tenant [pas] pour refusé, employa auprès de ce prince tous ceux qu'il savait y avoir le plus de crédit et de faveur, et afin de lever la difficulté qu'il lui avait faite sur son mariage, il le fit assurer par ces personnes que sa femme consentirait à une séparation réciproque, entrerait dans un monastère ou se mettrait dans un lieu où il ne la pourrait voir que comme sa sœur. M. le duc d'Orléans insistant toujours sur son mariage, dans la créance qu'il avait que c'était un empêchement qui ne pouvait être levé, et qu'il n'y aurait point de docteurs assez relâchés dans la morale pour lui conseiller de nommer ce seigneur à cette abbaye, pour se défaire de ses sollicitations et ne le pas mécontenter, lui déclara que s'il lui apportait une consultation de docteurs de Sorbonne qui portât qu'ils lui conseillaient de faire choix de sa personne en l'état où il était pour remplir cette abbaye, il lui en ferait expédier le brevet. Mais surtout qu'il lui recommandait de ne lui en présenter aucune qui fût signée par les Jésuites^ parce qu'il savait que leurs maximes touchant la morale étaient corrompues pour la plupart, et qu'ils s'étaient relâchés des véritables règles de l'Église.
Après cette déclaration, M. du Coudray vint en diligence à Paris où, par l'avis des Jésuites, il demanda en Sorbonne pour consulteurs MM. Mulot, doyen de la Faculté de théologie et confesseur autrefois de M. le cardinal de Richelieu, Charton, grand pénitencier de l'Église de Paris, Le Moine, professeur du roi en théologie, Morel, censeur des livres, PorchQr, procureur de la maison de Sorbonne, Le Maistre et Grandin, professeurs en théologie. Comme M. le duc d'Orléans lui avait ordonné de ne consulter aucun jésuite, de son côté il usa aussi de précaution pour n'appeler aucun disciple de saint Augustin, sachant bien que sa demande ne pouvaits'accommoder avec les véritables règles de l'Église qu'ils suivaient exactement dans toutes leurs résolutions.
Ces docteurs s'étant assemblés, M. du Coudray leur proposa les empêchements de sa personne qui étaient ceux dont on se servait pour lui donner l'exclusion dans la poursuite de cette abbaye. Il leur déclara qu'il était marié, que madame sa femme vivait encore, qu'il n'avait jamais étudié,