‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 42 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

qu'il était de profession militaire, qu'il avait tué en duel; mais [que] pour lever toutes les irrégularités dont il était chargé, il entrerait dans les ordres sacrés moyennant les dispenses nécessaires de Sa Sainteté, avec dessein d'embrasser généreusement cette profession et d'y vivre en vrai ecclésiastique, et que madame sa femme se ferait religieuse. Ensuite il leur demanda si dans cette disposition Son Altesse Royale ne pouvait pas en conscience lui donner son brevet avant que les dispenses ne fussent venues, et s'il n'y avait pas en lui apparence de vocation; s'il y avait apparence que le Saint Père voulût passer par dessus les canons et accorder ses dispenses, et si en les attendant il ne pourrait pas jouir par économat du revenu de l'abbaye; et enfin si, supposé les dispenses, il pouvait cependant entrer aux ordres sacrés et prendre ses bulles sur un simple vœu de chasteté.

Ces consulteurs, après cette déclaration, furent d'avis que M. le duc d'Orléans pouvait le gratifier du don de cet abbaye après qu'il aurait donné des preuves notables d'une sincère volonté et affection pour l'état ecclésiastique, selon qu'il disait l'avoir; que pour cela il fallait qu'il fît une retraite au moins de trois mois pour s'exercer aux actions de piété et se disposer à cet état, et qu'après cette retraite des ecclésiastiques sages et pieux, et capables de juger de la vocation à l'état ecclésiastique témoigneraient pour lui à Son Altesse Royale, afin de lui donner un juste sujet de croire qu'il s'y engageait par une pure et sainte intention d'y servir Dieu; ensuite de quoi il obliendrait les dispenses de ses irrégularités, et lui et madame sa femme feraient vœu de continence perpétuelle entre les mains de leur évêque, et s'obligeraient de vivre séparément l'un de l'autre sans aucune communication, et qu'il recevrait la tonsure.

Cette consultation ayant été signée par tous ces docteurs dès le 22 de mars de cette année, M. du Coudray-Montpensier ne douta plus que M. le duc d'Orléans ne lui accordât cette abbaye.

Cependant M. Lescot, évêque de Chartres, faisait solliciter ce prince d'accomplir la promesse qu'il avait faite à l'église de Chartres en faveur de son diocèse, d'affecter au séminaire qui s'y devait établir la première abbaye qui vaquerait dans son apanage et qui serait d'un revenu assez considérable pour servir k cat établissement. Ce prélat, voyant que l'ab- II 8

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baye de Saint-Laumer était de cette qualité, ne cessait pas de presser Son Altesse Royale de satisfaire à sa promesse et procurer un aussi grand bien à l'Eglise qu'était celui-là. Il employa toutes sortes de personnes de piété pour le forcer à faire cette bonne œuvre. Comme cette sollicitation était connue de tout le monde, on s'étonnait comment il s'était trouvé des docteurs qui, ayant une union très étroite avec ce prélat et étant obligés par le devoir de leurs charges de conserver l'honneur et les intérêts de l'Église, avaient fermé les yeux à toutes les considérations pressantes du devoir et de l'amitié pour donner un avis si irrégulier, si indigne de docteurs de la Faculté de théologie de Paris, et si contraire aux lois les plus saintes et les plus inviolables de l'Église. M. de Chartres, quoique leur ami, en fut tellement surpris qu'il leur en fit de très grands reproches et les blâma d'avoir été si relâchés dans cette résolution qu'il fit décrier devant Son Altesse, lui faisant dire qu'il n'y devait pas avoir égard.

M. le duc d'Orléans, après avoir lu cette consultation, en fut tellement indigné qu'il dit que ce n'étaient pas des docteurs de Sorbonne qui l'avaient souscrite, qu'il fallait que les Jésuites l'eussent dressée, et que ces docteurs l'eussent signée sur leur foi. Et il déclara à M. du Coudray qu'il voulait lui-même consulter cette affaire, et aller exprès à Orléans pour y assembler des docteurs de Sorbonne.

11 le fît quelque temps, après^ et il appela à cette consultation M. Meusnier, doyen de l'église d'Orléans, M. Lefôvre, théologal, M. AUeaume, curé de Saint-Paul, le supérieur des prêtres de l'Oratoire de la même ville, et le recteur du collège des Jésuites avec un autre de leurs Pères. Leur ayant proposé le fait en la même manière que M. du Coudray-Montpensier l'avait proposé aux docteurs qu'il avait consultés, ils furent tous d'avis, après avoir examiné l'affaire le plus exactement qu'il leur fut possible, que M. le duc d'Orléans ne pouvait en conscience donner cette abbaye à M. du Coudray, attendu toutes ses irrégularités, son défaut de vocation et son mariage. Il n'y eut que les deux jésuites qui approuvèrent l'avis des premiers consulteurs de Paris et qui tâchèrent de l'appuyer par des raisons ; mais enfin convaincus par les raisons solides des autres, ils furent con-

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traints de se conformer à leurs sentiments et se rendirent*.

Son Altesse Royale ayant entendu leur résolution et lu leur avis dit ces propres paroles : « Voilà des docteurs de Sorbonne; ils ne parlent pas en Jésuites comme les autres. » Il s'en tint à leur sentiment, et en déclarant à M. du Coudray qu'il ne pouvait lui donner cette abbaye, il lui dit : « Vous avez consulté des Jésuites, et moi j'ai consulté de véritables docteurs de Sorbonne qui ont été d'avis que je ne pouvais en conscience vous considérer dans ce don pour vous revêtir de cette abbaye. »

M. de Chartres d'un autre côté était traversé par d'autres qui poursuivaient cette même abbaye auprès de Son Altesse Royale; et comme son séminaire n'était pas encore établi, il se trouvait de très grandes difficultés pour lui assurer ce bénéfice. On ne convenait pas même delà manière de conduire cette affaire. Les uns voulaient qu'il donnât l'abbaye de Saint-Laumer à la charge d'obliger celui qu'il en aurait gratifié à payer une pension pour le séminaire lorsqu'il serait établi, et qu'on assurât cette pension par un brevet du roi et par une bulle du pape ; d'autres, qu'on attendît la vacance d'une autre abbaye, lorsque le séminaire serait érigé. Enfin, comme M. le duc d'Orléans inclinait plus du côté de M. de Chartres que d'aucun autre, il fît consulter sur la manière la plus propre pour affecter cette abbaye au séminaire, et on fut d'avis de la mettre entre les mains de M. Le Féron, l'un des vicaires généraux de M. de Chartres, pour la garder jusqu'à ce que cet établissement fût fait.

M. Le Féron ne fut pas plus tôt présenté à Son Altesse Royale qu'on forma contre lui l'accusation qui était alors en usage : on le fît passer pour un janséniste; on dit qu'il était dans des engagements très considérables avec ceux de Port- Royal, ayant une nièce dans ce monastère, et on avança contre lui plusieurs faits par lesquels on prétendait prouver cette accusation. Mais la sagesse et la justice de ce prince la lui fît mépriser, et dire qu'il n'avait garde de trouver à redire à un homme qui lui était présenté par son évêque, et que toute l'opposition qu'on formait contre lui ne servait qu'a l'affermir dans le choix qu'il avait fait de sa personne*

Cependant les Jésuites, qui ne veulent ni séminaires ni

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