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et leur en faire concevoir l'avantage; que cela lui donnait le moyen de travailler utilement pour la paix des deux couronnes. Puisque le roi de France n'était pas en disposition de la faire si son premier ministre ne l'y portait, ce serait un grand avantage à un nouveau pape d'être ami intime de ce cardinal, qui avait déjà entièrement établi sa fortune hors de l'état ecclésiastique, et n'aurait pas plus d'égard pour les papes que l'on n'a accoutumé d'en avoir pour les princes étrangers. Cette négociation de Sachetti avec l'Espagne lui réussit, et pour marque de confiance, on accorda à un de ses neveux la croix de Saint-Jacques.
Ce cardinal, qui était généralement estimé de tout le monde par la considération de sa probité, de sa doctrine et de sa grande expérience pour les affaires, avait un très grand nombre d'amis dans l'ancien collège et [parmi] les nouveaux [cardinaux]. Les motifs qui l'avaient rendu aimable aux Barberins subsistaient encore. Les Français pouvaient avoir de Tinclination pour lui, non seulement à cause qu'il était ami du cardinal Barberin, mais aussi'par l'aversion que les Espagnols avaient témoignée de sa personne en lui donnant l'exclusion dans le conclave précédent. Les cardinaux Lomellino', Chigi, Impériale, Corrado* et Albizzi étaient ses amis particuliers, et la signora Olympia, le craignant moins qu'un autre sujet papable, lui avait acquis les cardinaux Azzolin et Gualteri '. Kt on n'avait plus à lui reprocher d'être trop jeune, comme on avait fait lorsqu'il avait été exclus.
Le cardinal Capponi ayant découvert les desseins de Sachetti, six mois avant la mort d'Innocent X, en donna promptementavis au grand -duc de Toscane et au cardinal Jean-Charles. Le cardinal François Barberin apporta dans le conclave une secrète résolution de faire tomber le pontificat entre les mains de Corrado Ferrari, grand légiste, prélat assez jeune et de peu d'expérience, mais d'un naturel fort lent; et on tenait que c'était un des articles secrets dont il était convenu avec le duc de Modène et toute la
1. Jean-Jérôme Lotnelliao (1607-1659), gouverneur de Rome sous Urbain VIll et Innocent X.
2. ? Corrado (1602-1666) d'abord avocat, puis auditeur de rote.
3. Charles Gualteri (1615-1673), avocat conBistorial, puis archevêque de Ferme en 1654.
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maison d'Esté quand il était entré dans leur alliance; et il n'attendait qu'une occasion favorable pour faire réussir ce dessein, ayant cependant fait agréer à ce duc que l'on commencerait par proposer Sachetli, qui ne lui était point désagréable. Mais il ne considérait point que les créatures d'Urbain VIII, qui étaient ceux de sa faction, n'agréeraient point qu'on leur préférât ainsi une créature d'Innocent X, et qu'ainsi ils se sépareraient d'abord de leur chef.
On comptait jusqu'à vingt-deux cardinaux qui prétendaient au pontificat, tant les hommes ont de penchant à se flatter dans leurs passions. Et parce que le cardinal Barberin entrait dans le conclave avec un dessein formé de s'opposer à la promotion de tous les sujets papables de son parti, à la réserve de Sachetti, Rapaccioli et Franciotti, tous les autres, et particulièrement Ginettii Carpegna et Saint Clément, espéraient qu'il leur serait favorable par la confiance qu'ils avaient en ses paroles.
Le lieu du conclave étant trop étroit pour le grand nombre de cardinaux qui s'y enfermèrent et des officiers qui y entrèrent avec eux pour leur service, on fut obligé d'abord de l'agrandir, ce qui empêcha de faire aucun scrutin le 19 janvier au malin, parce que la clôture n'était point encore achevée. Ce petit retardement fut aussi favorable aux Espagnols que contraire à Sachetti, dont ils eurent le temps d'affermir l'exclusion, sur laquelle on avait d'abord chancelé à cause de l'ambiguité des paroles dont le duc de Terreneuve avait usé sur ce sujet.
Les cardinaux étant entrés selon leur ordinaire dans la chapelle de Sixte, on nomma pour scrutateurs les cardinaux Barberin, Ludovisio* et Azzolin, qui furent tirés au sort, et pour reviseurs Rapaccioli, Retz et Antoine Barberin. Les suffrages se trouvèrent partagés par la nomination de plusieurs cardinaux qui eurent chacun des voix, et pour ce qui regarde l'accès, il y eut vingt-trois billets le matin qui portaient Accedo nemini, ce qui fit juger que le conclave durerait longtemps.
1. Martio Ginetti (1585-1671), cardinal en 1626 et évêque de Porto en 1666. Il fut vicaire de Rome sous cinq papes et mourut sous-doyen du sacré collège.
2. Sans doute Nicolas Albergati Ludovisi, dont il est fait mention comme cardinal eu 1650, et qui était petit-neveu de (îrégoire XV.
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Le cardinal Barberin ayant eu trente et un suffrages en une matinée, les Médicis qui lui étaient contraires en furent épouvantés, et commencèrent à ne plus douter qu'il serait pape, ou du moins que la promotion du pape ne se pouvait faire sans lui. Ils n'avaient pu jusqu'à ce temps-là se résoudre à avoir aucun commerce avec lui, ni avec aucun de sa maison, le cardinal Charles, de [leur] maison, ayant rejeté la visite de dom Thaddéequi l'avait voulu prévenir depuis la mort du pape Urbain VIU^ et le cardinal Antoine n'ayant été admis à le visiter peu de mois avant la mort d'Innocent X, qu'après les plaintes que le roi avait faites à l'ambassadeur de Toscane de ce qu'un cardinal de son parti et attaché aux intérêts de sa couronne était traité si durement par les Médicis. La situation des affaires du conclave fit changer de conduite au cardinal Jean-Charles de Médicis, qui n'avait pas voulu voir le cardinal Barberin, non pas même dans le temps qu'il avait été prendre le chapeau à Rome. Ayant vu le grand crédit qu'il avait dans le sacré collège, il s'aboucha avec lui, lui fit compliment des suffrages qu'il avait eus dans les scrutins précédents, et celui-ci lui répondit que ces suffrages étaient pour le service de Son Éminence. Ils ne parlèrent néanmoins qu'en général de faire un pape homme de bien qui eût des qualités proportionnées aux nécessités présentes de l'Église, qui s'affaiblissait visiblement de jour en jour, et après les compliments réciproques, ils ne se donnèrent de part ni d'autre nulle marque de confiance.
Cependant le parti de Sachetti se fortifiant toujours, il avait quelquefois vingt-cinq voix, quelquefois trente, et allait-même jusqu'à trente-trois; mais il ne passait point outre, et ceux de son parti s'opiniâtraient à dire qu'ils perdraient plutôt la vie que d'en nommer aucun autre. L'escadron volant était dans cette résolution constante, lorsque l'arrivée de trois nouveaux cardinaux fit juger que l'affaire allait bientôt changer de face; c'étaient les cardinaux Filoramini', archevêque de Prague, Durazzo*, archevêque de Gênes, et le landgrave de Hesse. L'ambassadeur d'Espagne
1. Ascanio Filoramini (7-1666) archevêque de Naples, et non pas de Prague, comme Hermant le dit par erreur.
2. Etienne Durazzo (?-1667), fait cardinal par Urbain VllI en 1634, gouverna pendant vingt-huit ans l'église de Gênes.
ayant rencontré Tarchevêque de Naples lui conseilla de n'avoir aucun égard à ce que les Médicis pourraient lui dire touchant l'exclusion de Sachetti, parce qu'il croyait, ou pour mieux dire il croyait être convaincu, qu'elle venait plutôt du côté de Florence que de celui d'Espagne. Il en dit autant à l'archevêque de Gênes. Mais il changea de langage quand il accompagna le cardinal landgrave de Hesse jusqu'à la porte du conclave, et lui déclara, et au cardinal Acquavivas de la part du roi son maître, que la couronne d'Kspagne tenait pour suspect le cardinal Sachetti, désirant que cette déclaration fût connue de tous les cardinaux sujets d'Espagne et particulièrement de Borromée et d'Homodei^.
On sut que le cardinal de Médicis avait procuré ce changement de conduite par ses intrigues secrètes, car ayant remarqué que le duc de Terreneuve était chancelant sur ce sujet et ne s'en expliquait pas nettement, il écrivit au viceroi de Naples, pour se plaindre que l'intention du roi son seigneurétait si mal exécutée, et que le principal ministre que l'Espagne eût dans la cour de Home s'appliquait à causer à cette monarchie un aussi grand préjudice que serait l'exaltation d'un homme déjà exclus par le passé et engagé dans les intérêts des principaux ennemis de cette couronne. 11 le supplia de s'entremettre [dans] une affaire de cette grande conséquence et de faire rappeler même cet- ambassadeur, si son autorilé s'étendait jusqu'à ce point-là. Le vice-roi de Naples fit part du contenu de ces lettres au vice-roi de Sicile et au gouverneur de Milan, en leur témoignant que l'exclusion de Sachetti était dans son instruction ; mais que M. l'ambassadeur ne l'ayant point parmi ses papiers, ou disant ne l'avoir point, il demandait leur avis, de peur de faire quelque faute dans une affaire d'une si grande importance. Tous lui conseillèrent d'écrire à l'ambassadeur, qui ne pouvait ignorer quelle était l'intention du roi d'Espagne, puisque d'une part, en agissant de la sorte, il faisait l'office d'un bon ministre, et que de l'autre il rendait la faute du duc inexcusable. Dès que l'ambassadeur eut reçu
1. Octave Aquaviva d'Aragon (1609-1674), neveu des deux célèbres cardiaaux (Jules et Octave) de ce nom.
2. Louis-Alexaadre Homodei (1608-1685), flls du marquis de Villanuova, avait reçu la pourpre en 1652.