‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 430 sur 510 · LIVRE XIll · texte numérisé non relu

LIVRE XIll

ce royaume et ses propres iatérêts. Enfin il concluait que l'exclusion du cardinal Chigi ne pouvait venir du côté de la France sans donner crédit à l'opinion dont plusieurs étaient prévenus, que la France avait empêché la paix des deux couronnes, la France n'ayant pu avoir d'autres sujets de jalousie pour traverser l'exaltation de ce cardinal que l'ardeur qu'il avait fait paraître à Munster pour procurer la paix à toute l'Europe.

Cette lettre ayant été envoyée par un courrier exprès, le 13 de février, était d'autant plus nécessaire à l'égard du cardinal Mazarin qu'outre les considérations générales des affaires du royaume, il y avait peu d'intelligence entre les cardinaux Mazarin et Chigi. Car pendant que ce dernier était nonce à Cologne, le cardinal Mazarin, que Ton avait chassé de France dans le temps que l'on faisait sortir de prison les princes de Condé et de Gonti et le duc de Longueville, se mit en état de lever des troupes en ces quartiers là, pour le service du roi. Le nonce Chigi en ayant promptement donné avis au pape Innocent X, reçut ordre de Sa Sainteté de se plaindre de sa part à l'électeur de Cologne de ce qu'il permettait que Ton fît de telles levées dans ses États, s'agissant non seulement de faire la guerre à des chrétiens^ mais aussi de nourrir la guerre civile dans une maison royale. Le nonce exécuta ponctuellement cet ordre, et quoique Télecteur auprès duquel il était n'en fît aucun cas, le cardinal Mazarin ne laissa pas de s'en offenser, comme au contraire le pape s'échauffa plus que jamais à favoriser Chigi, qu'il fit secrétaire d'Etat après la mort de Pancirole. Sachetti ayant écrit cette lettre au cardinal Mazarin mit sur les rangs un autre prélat de son parti. Le cardinal Barberin avait beaucoup d'affection pour le cardinal Rapaccioli, et on tenait pour assuré que s'il avait pu il l'aurait exalté par préférence à tout le reste de ses créatures. Le cardinal Facchinetti % qui le regardait comme un autre lui-même, n'omettait rien pour rendre en cette rencontre tous les offices imaginables à un si intime ami. Il est vrai que les Espagnols, qui l'estimaient très confident au cardinal Barberin, ne le désiraient point pour pape. Mais ils cachaient leur aversion contre lui et couvraient leur ressentiment, ne jugeant

1. César Facchinetti (1608-1683), petit-neveu du pape laQOcent IX, fut créé cardinal par Urbain Vlll en 1643, et mourut évêque d'Ostie.

648 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

point à propos de donner tout à la fois l'exclusion à tant de personnes. Le cardinal Antoine Barberin avait conspiré avec le cardinal Spada pour* donner l'exclusion à Rapaccioli, et l'avait obtenue sans peine du cardinal iMazarin, sous prétexte de la liaison trop étroite qu'il avait avec le cardinal Barberin, son frère, se croyant autant obligé de s'y opposer par des considérations d'intérêt qu'il avait d'engagement de s'unir à lui par les motifs du sang et de la naissance. Le cardinal Mazarin lui avait accordé sans peine cette exclusion parce qu'il était touché des mêmes raisons, el voulait traiter en cela favorablement Spada. Néanmoins le cardinal Antoine changea de sentiment dans le conclave, soit qu'il se fût laissé persuader par son frère, soit que le cardinal d'Esté, qui souhaitait Rapaccioli plus qu'aucun autre, l'eût gagné à son parti.

Cette intrigue ayant été découverte par l'abbé Costa, conclaviste du cardinal Antoine^ qui lui avait été donné par instruction du cardinal Mazarin, il s'en plaignit hautement comme d'une infidélité envers la France, et réduisit le cardinal son patron à en pleurer de douleur et de dépit. Cependant le cardinal Spada, étant obligé de se retirer du conclave à cause d'une maladie que le cardinal Montalte* attribuait à la seule odeur de la papauté, écrivit en France à l'instant même pour contreminer cette faction. Il n'était pas tellement malade qu'il ne pût négocier avec qui il voulait. Ayant donc vu M. de Lyonne et ensuite l'ambassadeur d'Espagne, il sut d'eux que les Espagnols et les Médicis ne marchaient point avec beaucoup de sincérité dans les affaires de Rapaccioli, el que toute la chaleur qu'ils faisaient paraître en sa faveur avait moins de vérité que d'apparence. Le cardinal Spada, qui croyait avoir été offensé par ce cardinal, son confrère, auteur d'une relation du conclave précédent, ne lui avait jamais pardonné cette offense, et dès le commencement de ce conclave, il avait publié contre lui un écrit dans lequel il l'accusait d'avoir fait prier Dieu pour la conversion du diable, par une ignorance grossière, pendant qu'il était évêque de Pavie».

1. François Peretti, dit cardinal de Montalte (t597-1655) avait reçu la pourpre d'Urbain VIII en 1641.

Page 1