‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 431 sur 510 · Le mot est d'une lecture difficile · texte numérisé non relu

Le mot est d'une lecture difficile

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Les sollicitations que l'on faisait en faveur de Rapaccioli étant prêtes de se ralentir, on commença à parler un peu du cardinal Bragadin, noble vénitien, qui n'étant butté ni par les Français ni par les Espagnols, avait des amis dans l'escadron volant, savoir le cardinal Otloboni' et le cardinal Pio*, son parent, qui mettaient toutes choses en usage pour son exaltation. Le cardinal Barberin, ayant été fait depuis peu de temps noble vénitien, ne lui parut pas contraire d'abord; mais il ne s'appliqua point avec chaleur à sa promotion, et cette affaire se ruina par la considération du peu d'expérience de Bragadin, qui ayant presque toujours été hors de la cour romaine, avait peu d'intelligence de ses intérêts. Et d'ailleurs on craignait que le cardinal Ottoboni ne disposât trop absolument de lui si on l'élevait au pontificat.

Pendant que les promoteurs de Sachetti demeuraient toujours fermes à le nommer,, et qu'il avait quelquefois jusqu'à trente-cinq voix parce qu'ils disaient ne pouvoir en conscience en nommer aucun autre qui fût digne du pontificat tant que celui-ci vivrait, on prévoyait que le conclave durerait longtemps, parce que ceux q ui lui étaient contraires n'avaient autre chose à alléguer contre lui que l'exclusion d'Espagne. Parmi toutes ces contestations, il fut parlé de Ginetti, âgé de plus de soixante-dix ans, et considérable par ses grands emplois, ayant été légat à Cologne pour la paix universelle, légat à Ferrare, et toujours vicaire à Rome^ charge qui attire naturellement à soi toutes les congrégations, et fait avoir part à toutes les affaires importantes. Il fondait son espérance d'être pape, non seulement sur tous ses emplois, mais aussi sur l'aftection du cardinal Barberin, qu'il avait toujours servi dans la distribution des bénéfices, et croyait être plus agréé de lui qu'aucun autre à cause de Tamitié qu'Urbain son oncle avait eue pour lui plus que pour les autres. Il se promettait aussi beaucoup de l'inclination des couronnes, auprès desquelles il était très bien, et de l'affection de quelques cardinaux qui témoignaient le vouloir porter. Il avait pour lui dans le parti des Fran-

1. Pierre Ottoboni (1620-1691), créé cardinal par Innocent X et évêque de Brescia, fut élu pape en 1689 souà le nom d'Alexandre Vlll.

2. Charles Pio de Savoie (1622-1689), d'abord soldat, se fit prêtre en 1650 et devint évoque de Sabine en 1683.

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çais le cardinal Bichi, Colonne dans celui des Espagnols, et Lomellin dans Tescadron volant. On croyait qu'il s'était engagé envers Colonne de s'allier avec lui s'il était fait pape, et il disposait de Lomellin, qui avait été son vicelégat à Ferrare. Le cardinal Barberin ayant fait quelques démarches pour Ginetti, Albizzi son ennemi déclaré s'y opposa avec chaleur et ressentiment; Colonne et Bichi ne trouvèrent pas beaucoup d'opposition contre lui dans leur parti; mais il passait pour avare et pour peu habile ; tant de congrégations où il avait assisté ne l'ayant pas rendu plus capable. De plus les Barberins avaient conçu une si grande jalousie de l'affection qu'Urbain Vlil, leur oncle, lui portait, que pour l'éloigner du palais ils lui avaient procuré la légation d'Allemagne et ensuite celle de Ferrare, et ils n'avaient pu digérer le refus qu'il leur avait fait de leur prêter trente-sept mille écus pendant qu'Innocent X les poussait à bout, n'ayant pas reçu les excuses qu'il leur avait faites de n'avoir ni cette somme, ni aucune autre, de sorte que le cardinal Barberin n'ayant aucun véritable désir de cette promotion, elle s'évanouit d'ellemême.

Le cardinal de Sainte-Suzanne, ayant parlé au cardinal Jean-Charles de Médicis d'entrer en traité pour Franciotti, n'en eut pas d'autre réponse, sinon que s'il voulait travailler pour lui-même dans sa faction, il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour le succès de son entreprise. Cette proposition fit ouvrir les yeux aux Médicis qui ne pouvaient souffrir qu'un laquais fût pape ; ils n'oublièrent rien pour empêcher cette promotion. C'était un homme de bonne vie, assez savant, et d'une capacité suffisante pour les affaires, ce qui lui avait donné part dans le rang des amis du cardinal Barberin. Les créatures d'Innocent X ne lui étaient pas contraires, parce que ce pape en avait parlé avec estime et comme d'un homme qu'il désirait avoir pour successeur. Il craignait qu'étant né à Lyon en France, les Espagnols n'eussent de l'aversion contre lui; mais le cardinal Antoine Barberm, ayant fait amitié avec le cardinal Montalte à son retour de France, l'avait disposé à écrire en Espagne en faveur de Franciotti, et en avait reçu des réponses conformes à ses intentions. Le cardinal Bichi, qui était son ennemi à l'occasion de son neveu, vice-légat d'Avignon, le rendit odieux à

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