LIVRE XIII
la plupart des cardinaux du parti de France, de sorte que cette affaire n'alla pas plus loin.
Le cardinal Chérubin*, qui était sorti du conclave malade d'un flux de sang, y retourna promptement quand il fut guéri. Les cardinaux Astalli et Médicis lui ayant donné ou fait donner quelques bonnes paroles pour le repaître d'espérance, il crut que le cardinal Barberin ne lui serait pas contraire parce que la signora Olympia le portait, et ce fut ce qui lui donna occasion d'apprêter à rire à plusieurs personnes lorsqu'on lui entendit dire un jour aux pieds du crucifix : « Seigneur, si je suis nécessaire à votre peuple, je ne refuse point le travail. » Mais il ne fut point encore jugé nécessaire au peuple chrétien.
Il fut dit quelque chose de Durazzo, archevêque de Gênes, qui aurait eu sujet de craindre l'opposition des Espagnols, brouillés depuis peu avec la république de Gènes, si César Durazzo, son frère, n'eût été reçu depuis peu fort agréablement en Espagne, laquelle d'ailleurs ne voulait point s'embarrasser dans un si grand nombre d'exclusions. Quant au parti de Barberin, il ne lui pouvait point être favorable, le duc de Modène ayant tiré de lui une promesse secrète de l'exclure quand il avait épousé sa nièce, s'il se trouvait jamais avec lui dans un conclave. Le cardinal Impériale, génois, qui avait eu querelle avec lui étant son vice-légat à Bologne^, ne lui était pas favorable, non plus que le cardinal Grimaldi son compatriote. Mais le cardinal Durazzo étant tombé malade dans le conclave n'y revint que sur la fin, et sa brigue s'évanouit.
La mi-carême était venue sans que l'on pût s'accorder touchant l'élection du pape. Toute la ville de Rome commençait à souffrir de ce que l'on ne plaidait plus depuis longtemps dans les tribunaux, et le manquement du chef faisait souffrir le corps de toute l'Église. On ne pouvait plus subsister dans le conclave, tant par le bruit continuel que l'on y faisait jour et nuit que par l'infection de l'air, et ce lieu était comme une prison insupportable à tous ceux qui y étaient enfermés. Cependant l'un des deux partis s'opiniâtrait toujours à nommer Sachetti et l'autre à l'exclure; les cardinaux Impériale et Médicis, qui étaient du parti con-
1. François Gtierubini, fait cardiaal par luaoceiit X en 16i7, mourat en 1656.
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traire, étaient d'avis de faire la proposition de quelque nouveau sujet. Mais les Médicis ne voulaient pas commencer, de peur de fortifier le parti de Sachetti.
Cependant le gouverneur de Milan ayant pris les armes contre le duc de Modène, l'ambassadeur d Espagne en écrivit aux cardinaux, et on [en] fit part à M. de Lyonne qui s'en plaignit comme d'une chose fort contraire à la justice et qui ne pouvait être qu'un effet d'animosité et d'une violence concertée. Mais comme cet ambassadeur avait donné au roi d'Espagne, son maître, le nom de Fils aîné de l'Église catholique, le seul cardinal de Retz, quelque disgracié qu'il fût et fugitif de la France, s'opposa, et dit que l'on ne devait pas recevoir cette lettre, comme étant préjudiciable aux droits de la couronne de France dont le roi était sans contredit le Fils aîné de l'Église catholique; mais quoiqu'il parlât avec vigueur et en bon français, cette action ne lui fut de nul mérite dans la cour de France» et ne diminua en rien l'aigreur que l'on avait conçue contre sa personne.
Le cardinal Palotta, qui passait pour homme de bien et qui voulait voir la fin du conclave à quelque prix que ce fût, afin de faire cesser l'irrésolution de ses confrères, s'avisa de se proposer lui-même, plutôt par un esprit de paix que par un motif d'ambition. Il n'était porté par aucun chef de parti. Les Espagnols, qui l'avaient vu plus animé de sévérité et de zèle que de douceur et de clémence dans la charge de gouverneur de Rome, ne le voulaient point pour pape; le cardinal Barberin lui était aussi fort opposé, non seulement parce qu'il lui avait été peu favorable sous le pontificat d'Urbain son oncle, mais aussi parce qu'étant uni à la signora Olympia au point qu'il l'était, il craignait avec raison qu'il ne [la] punît et ne lui fît rendre compte de tous les désordres du pontificat d'Innocent X s'il devenait le chef de l'Église ; et de plus l'on appréhendait que son règne papal ne durât trop longtemps, ce que l'on n'aime point à Rome. Le cardinal Palotta, voyant ces obstacles insurmontables, alla trouver le cardinal Grimaldi pour lui proposer Saint Clément, comme le cardinal Barberin avait déjà fait d'abord sans autre succès que de recevoir de lui pour réponse que cette aff"aire n'était pas mûre. Le même cardinal Barberin continuant de lui en parler, Grimaldi lui répondit que si c'était tout de bon qu'il lui en fît la proposition sans trou-