LIVRE XIII
bler iautilement le repos de ce bon vieillard, la chose pourrait réussir. Mais le cardinal Barberin, dont les manières sont toujours pleines d'embarras, ne s'expliquait pas assez et donnait lieu de douter de la sincérité de ses sentiments. Il savait que les Médicis n'avaient nulle aversion pour Saint Clément, et qu'encore que toutes les factions eussent chacune leurs ennemis, ce cardinal avait plus d'amis que d'adversaires, et que la vieillesse lui était un grand avantage envers les vieux cardinaux. Enfin il n'ignorait pas que le bruit s'était répandu dans tout le conclave qu'il était le seul qui s'opposât à l'exaltation d'un prélat d'un si grand mérite.
Saint Clément avait pour ennemis déclarés Montalte, Lugo, Albizzi, Rapaccioli, Facchinetti, Ottoboni, Gualteri et Azzolin. L'animosité des premiers, fondée sur des considérations particulières, était ancienne; celle d'Albizzi venait des différends qu'ils avaient eus dans l'office de l'Inquisition^, où 1 un d'eux était commissaire pendant que l'autre y faisait la fonction d'assesseur. Lugo lui étaitleplus opposé de tous, à l'exception de Montalte, et l'émulation éternelle de la religion de saint Dominique et de la compagnie de Jésus était le sujet de cette grande aversion. Un pape de l'ordre des Frères Prêcheurs jetait l'épouvante dans Tâme des Jésuites, qui craignaient ou feignaient de craindre que celui-ci n'altérât tous leurs privilèges et ne fît quelque déclaration contre leur doctrine. Lugo renfermait en sa personne tous les sentiments de sa compagnie et elle s'exprimait par sa bouche. Rapaccioli et Facchinetti étaient contraires à Saint Clément, supposant qu'il avait fait des plaintes de leur conduite à Odoard Farnèse \ duc de Parme, et lui avait inspiré qu'ils avaient été le plus grand obstacle qu'il eût auprès du cardinal Barberin. Ottoboni n'avait pu souffrir que le même Saint Clément se fût opposé à ce qu'il avait dit dans une congrégation contre le général des Dominicains. Azzolin et Gualteri appuyaient la faction de la princesse de Saint-Martin, plus déclarée qu'aucun autre pour l'exclusion de ce cardinal; Barberin cachait l'aversion secrète qu'il avait contre lui sous le prétexte de l'opposition d'un si grand nombre de cardinaux, et pour satisfaire apparemment à